Le plan régional de santé ne répond pas aux besoins sanitaires

Par Fabien Cohen, responsable de la commission santé-protection sociale du PCF en Île-de-France

Le PCF Île-de-France constate que, malgré le changement politique intervenu dans notre pays, le plan régional de santé (PRS), qui est soumis à la consultation des collectivités territoriales et de la conférence régionale de la santé et de l’autonomie le 27 novembre prochain, n’est en rien différend du plan stratégique régional de santé. Malgré le désaveu de la majorité des collectivités locales, de la région aux communes, du temps de Nicolas Sarkozy, nous sommes étonnés aujourd’hui de voir, ici ou là, que l’avis défavorable donné en 2011 a tendance à se transformer en avis favorable avec des réserves.

Cette attitude nous inquiète d’autant que ce PRS, comme le note l’Association des maires du Val-de-Marne, a été élaboré sans associer les collectivités et sans information tant en ce qui concerne l’élaboration des schémas que des programmes qui le constituent. Ceci afin de respecter un calendrier serré et contraint. Cela est particulièrement vrai pour ce qui concerne les 26 volets qui constituent le schéma régional d’organisations des soins (Sros) hospitaliers, seul document opposable et impactant l’ensemble de l’offre de santé.

Un Sros qui est loin de répondre aux nouveaux défis et nouvelles responsabilités et qui continue dans la même voie du rapprochement public-privé comme à Mantes ou avec l’hôpital du Sud francilien, du manque de moyens, de la réduction des services comme à l’Hôtel-Dieu, sans tenir compte, comme pour la cardiologie, des recommandations de l’Igas suite à la lutte des Mondor.

Lutter contre les inégalités sociales et territoriales de santé et améliorer l’accès de tous à des soins de qualité suppose un maillage territorial homogène en offre de santé. C’est loin d’être le cas en Île-de-France, touchant au dramatique en Seine-Saint-Denis et en Seine-et-Marne. Et cela ne concerne pas la seule offre hospitalière. En effet, la médecine générale, spécialité centrale pour l’offre de soins de premier recours, connaît une situation très disparate entre les territoires, Paris étant 4,57 fois mieux pourvu que la Seine-et-Marne. La question de l’accessibilité géographique aux soins, prégnante sur certains territoires franciliens, risque de s’aggraver par un phénomène de propagation de la désertification médicale du territoire du fait des nombreux départs à la retraite à venir de médecins généralistes, la moyenne d’âge des médecins en exercice étant aujourd’hui de cinquante-quatre ans.

Cette situation s’amplifie en Île-de-France quand on prend en compte la question de l’accessibilité financière aux soins. En effet, on note une grave augmentation du nombre de spécialistes pratiquant une facturation de secteur 2 qui autorise les dépassements d’honoraires et les honoraires libres, que les nouvelles dispositions négociées entre les syndicats et l’Union nationale des caisses d’assurance maladie vont rendre demain inaccessible aux centres de santé.

Cette situation, qui pénalise grandement les patients, contribue souvent au report, voire au renoncement aux soins de nombre d’entre eux – quand les médecins eux-mêmes ne refusent pas de recevoir les patients CMU – et a des répercussions évidentes sur l’encombrement des services d’urgences hospitalières dont la fréquentation a plus que doublé de 1990 à 2004, passant de 7 à 15 millions, avec 10 000 passages quotidiens dans les services franciliens.

Cette logique est de loin inapte à résoudre les besoins des populations dans leurs parcours de soins. Les évolutions majeures en termes de santé (maladies chroniques, vieillissement de la population, personnes ayant un handicap ou relevant de la santé mentale…), l’insuffisante prise en compte des besoins de la psychiatrie et du médico-social, la persistance de fermeture de laboratoires au profit du secteur privé et de quelques grands groupes, la démographie médicale comme paramédicale, le renoncement aux soins de larges pans de la population, besoins nouveaux induits par les nombreux projets d’aménagement de notre région, auraient mérité un temps de concertation et d’élaboration plus long et mieux adapté.

À aucun moment, l’ARS n’a jugé bon d’introduire dans ce plan les réflexions issues des Assises régionales et départementales de la santé, organisées par le conseil régional, sur proposition du Front de gauche et de l’Appel des 50.

Dans le même temps, nous constatons que l’offre publique de soins et son accessibilité continuent à diminuer du fait de fermetures de lits, de services hospitaliers, voire d’hôpitaux – politique qui a prévalu ces dix dernières années – au détriment d’un aménagement sanitaire du territoire garant d’un égal accès de tous à la santé. La tendance aux rapprochements et fusions, largement amorcée dans le cadre du schéma régional de l’organisation sanitaire de troisième génération (Sros III), s’est accentuée dans un contexte de rationalisation de l’offre hospitalière et de fragilisation de la situation financière des établissements due une stricte logique comptable, d’obsession au retour à l’équilibre financier malgré la raréfaction des moyens alloués provoquée par la T2A.

Dans cet environnement, qui génère un ­climat social dégradé, les établissements de santé font face à une forte problématique touchant les ressources humaines, liée autant aux contraintes tenant à la pénibilité du travail, à l’externalisation d’activités vers le secteur privé qu’aux difficultés à assumer correctement les missions.

Les moyens en direction de la prévention ­seront en diminution de près de 10 % en moyenne l’an prochain. Ce qui ne rend pas crédible les déclarations posées par le PRS.

C’est dans le cadre de la loi Hôpital, ­patient, santé, territoires (HPST), que nous dénoncions en 2011, que s’est préparé ce PRS, et ses différents volets, pour gérer l’austérité en moyens financiers, humains et territoriaux. C’est pour les mêmes raisons que nous ne pouvons ­accepter le PRS présenté par le même Claude Evin en 2012. C’est pourquoi nous soutenons la demande de l’ANECR d’un ­moratoire sur les restructurations et les remises en question des services publics de santé et la demande d’états généraux de la santé.

Fabien Cohen

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s