Ukraine : seuls le dialogue et le compromis pourront faire cesser le bain de sang

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Depuis quelques jours, la situation en Ukraine a pris un tour horrifiant. Rien ne saurait justifier qu’un gouvernement tire à bout portant sur les citoyens. Je vous partage ici un éditorial de l’Humanité, qui je pense, analyse assez bien la situation.

La tentation de regarder la répression et l’insurrection avec les lunettes de la Guerre Froide est grande, pourtant il faut regarder plus finement la situation. Aujourd’hui, seuls le dialogue et le compromis politique peuvent sortir le pays de cette impasse et cesser de verser le sang.

« A Kiev, le prix du sang »

« La « Russie blanche » est ensanglantée. Alors que la semaine dernière se faisait jour une sorte de détente et qu’un dialogue s’amorçait, l’heure est à l’escalade des violences. La trêve qu’avait évoquée hier le président ukrainien n’a duré que quelques heures et à un assaut des émeutiers ont succédé des salves meurtrières.

Place Maïdan, les cadavres s’alignent. Le pays bascule dans l’insurrection et la plus violente des répressions. Dans les fumées des incendies, le claquement des balles et les cris des victimes, ce sont les extrémistes qui mènent la danse. Les fantômes de l’extrême droite qu’on croyait perdus dans la déroute des nazis de l’armée Vlassov resurgissent. Armés, casqués, bottés. Dans le fracas et la fureur, leurs voix dominent celles des leaders de l’opposition comme Arseni Iatseniouk ou Vitali Klitschko. Ils se nourrissent de l’escalade et des peurs d’un peuple socialement à bout. En face, les tenants d’un écrasement des protestataires escomptent un sentiment d’effroi dans la population 
qui appellerait à la fin du désordre.

Les chancelleries s’indignent, après avoir alimenté les incendies. Du côté de l’Atlantique, les diplomaties ont encouragé les protestataires à l’affrontement mais en se gardant bien de leur dire qu’elles refusaient l’entrée de leur pays dans l’Union européenne et même simplement de l’aider. Ainsi, elles ont jeté des foules dans une impasse tragique. Quant à Washington, ses représentants sur place n’ont déployé une activité frénétique que dans un but, affaiblir la capacité de l’ours à lui résister en installant l’Otan à sa porte. La Maison-Blanche savait que le Kremlin ne pouvait l’admettre. Du côté de l’Oural, ressuscitent les rêves de domination impériale sur les pays voisins, le besoin de conserver un lien intime avec ce qui fut le berceau de la Russie et l’impératif de protéger un gazoduc essentiel. On y encourage le recours à la force comme l’a fait le premier ministre Medvedev en conditionnant l’aide financière promise à un vigoureux rétablissement de l’ordre. Sur cet échiquier géant, les pions ne comptent pas et leur sacrifice va de soi. Qu’importe l’avenir d’une nation et la déchirure qui risque de balafrer l’Europe ! Déjà, en Crimée, des voix réclament l’appui direct des Russes. Une telle pulvérisation du pays s’effectuerait dans des douleurs sans nom. Mais tous ces calculs comptent pour rien le prix du sang.

Faut-il s’en étonner, mais ni du côté de ceux qui regardent vers  Bruxelles et des oligarques qui les appuient, ni du côté de ceux qui lorgnent vers Moscou et des affairistes qui les pilotent, n’a été proposé que le peuple soit consulté, qu’un référendum soit organisé pour décider des choix du pays. Les Européens agitent la vaine menace de sanctions à l’encontre des pontes du régime, gênés aux entournures par la contestation dans la rue d’un pouvoir désigné démocratiquement par les urnes. 
Ce scrutin ne parviendra peut-être pas à combler les fossés qui se creusent entre l’est industriel et attaché à Moscou et l’ouest tourné vers Bruxelles. Mais la contradiction serait ramenée sur le terrain 
de la confrontation démocratique et échapperait 
à l’enchevêtrement des matraques et des manches de pioche, au croisement des balles et des pavés. Peu à peu, les discours diplomatiques évoquent un dialogue tripartite – Ukraine-UE-Russie – pour juguler la crise. Tard, si tard. En tout cas, nulle solution ne sera trouvée dans le dos 
du peuple ukrainien et encore moins sur son dos. »

Patrick Apel-Muller

Je vous mets également un lien vers un article de Jack Dion, également très intéressant.

http://www.marianne.net/Ceux-qui-voient-l-Ukraine-avec-les-lunettes-de-la-guerre-froide_a235802.html

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