Les maires…trop souvent des hommes !

Pour Marie George Buffet, députée communiste, l’égalité hommes-femmes n’est pas encore au niveau nécessaire, soixante-dix ans après le droit de vote accordé aux femmes. Une révision des textes et des mentalités s’impose.

Interview dans l’Humanité du 22 avril 2014

Marie-George Buffet : La moitié de l’humanité n’est plus niée. Lors des deux guerres mondiales les femmes ont remplacé les hommes dans les entreprises, elles ont participé à la Résistance. Alors, que sous la pression de ministres communistes, le général de Gaulle ait reconnu leur place dans la société est une date historique. Nous étions très en retard sur d’autres pays comme la Turquie, l’Australie (en 1902), etc., mais c’est dès 1925 que le PCF présentait des femmes dans différentes mairies comme Gentilly, Malakoff en région parisienne  ; il a eu des femmes élues maires adjointes, et ces choix étaient sanctionnés par les préfets, mais ils témoignent d’une volonté politique.

Il y a soixante-dix ans, le 21 avril 1944, le Conseil national de la Résistance accordait le droit de vote aux femmes en France. Pourquoi, après tant d’années, souligner cet anniversaire ?

Marie-George Buffet : Parfaitement, parce que soixante-dix ans après, c’est toujours un combat. Pour le droit de voter et d’être élues, mais aussi pour la défense de la maîtrise de son corps, je pense à la contraception, au droit à l’IVG. Car là aussi, en dépit des lois, des mentalités rétrogrades tentent des remises en cause. On l’a vu dans les débats sur le mariage pour tous et toutes. J’ai entendu dire à l’Assemblée que le rôle de la femme était simplement de procréer  ! Lors de la campagne des municipales, au-delà de la condamnation par les hommes et les femmes des quartiers populaires de la politique menée par François Hollande, on a senti, dans le contexte de la crise économique, que les idées les plus conservatrices pouvaient avoir un écho. Le débat doit être permanent.

Front de Gauche "Front des luttes"

Vous venez de lancer un appel aux femmes disant : mêlez-vous de politique, investissez-vous dans l’action collective pour faire entendre vos exigences et faire valoir vos droits

Marie-George Buffet : Oui, c’est vrai par exemple sur les salaires  : les femmes sont plus diplômées que les hommes à la sortie de l’université, mais c’est l’idée de salaire d’appoint qui domine toujours, justifiant alors la place des femmes au foyer. Certes, il y a des textes, qui sont tous incitatifs. Je suis pour une loi qui fasse obligation au patronat de mettre fin à ces situations.

Faut-il des lois plus contraignantes ?

Marie-George Buffet : On se heurte toujours au même problème de mentalités. Les hommes seraient beaucoup plus disponibles. C’est ainsi que l’on dénombre 73 % de députés et 78 % de sénateurs masculins. L’instauration de la proportionnelle, et la parité dans cette proportionnelle, serait un progrès considérable. Mais tant que l’on parlera des «  hommes politiques  » à longueur de médias on n’avancera pas. Je me bats pour la féminisation des mots.

Le droit de vote des femmes étrangères revient souvent aussi dans vos propos…

Marie-George Buffet : Il y a vingt ans, en 1994, l’Afrique du Sud a accordé aux femmes noires le droit de vote. Les femmes blanches en disposaient depuis 1930. Il est urgent ici en France que les femmes et les hommes étrangers obtiennent ce droit. Ce serait un immense élément de libération pour les femmes étrangères sur notre territoire.

SIX FEMMES A LA TÊTE DE VILLES DE PLUS DE 100 000 HABITANTS

En France, la difficulté des femmes à s’imposer à la tête des exécutifs locaux demeure. En dehors d’Anne Hidalgo, seulement cinq femmes dirigeront des villes de plus de 100 000 habitants à l’issue de ces élections municipales : Martine Aubry à Lille, Johanna Rolland à Nantes, Brigitte Fouré à Amiens, Nathalie Appéré à Rennes et Maryse Joissains-Masini à Aix-en-Provence. . C’est exactement le même nombre qu’en 2008.

Sur l’ensemble des communes, avant l’élection de mars 2014, on comptait 13,8 % de femmes maires et 7,2 % de présidentes d’intercommunalités. La réforme électorale qui a abaissé de 3 500 à 1 000 habitants le seuil d’application du mode de scrutin a certes fait progresser la parité dans les conseils municipaux. La proportion de femmes passe, toutes tailles de communes confondues, de 35 % en 2008 à 40,3 % en 2014. Mais le Haut conseil regrette que ces progrès aient peu d’effets d’entraînement dans les communes de moins de 1 000 habitants. « La proportion de femmes augmente péniblement de 2 à 3 points à chaque élection » note-t-il pour s’établir à 34,9 % cette année. Surtout, 82,9 % des têtes de listes aux élections municipales étaient des hommes. « 15 ans après l’adoption des premières lois dites sur la parité, le partage du pouvoir n’est pas encore une réalité » regrette le Haut conseil qui souligne par ailleurs que le pourcentage de femmes têtes de liste stagne puisqu’il est passé de 16,5 %, en 2008, à 17,1 % aujourd’hui.

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