Palestine : accord historique entre l’OLP et le Hamas

Mercredi 23 avril 2014, après des années de conflit, Hamas et OLP ont annoncé hier la formation d’un gouvernement d’union. Retour sur une division.

« Les associations islamiques recevaient toutes les encouragements du gouvernement militaire » en charge de l’administration des territoires occupés palestiniens, écrivait, en octobre 1987, l’hebdomadaire israélien Koteret Rashit, cité par le Monde du 18 novembre 1987. Les islamistes créent à Gaza des orphelinats et des dispensaires, mettent en place un réseau scolaire, des ateliers de confection employant de nombreuses femmes et dispensent une aide financière aux plus démunis. En 1978, ils créent une « université islamique » à Gaza. Koteret Rashit ajoutait : « Le gouvernement militaire était convaincu que ces activités affaibliraient l’OLP et les organisations de gauche à Gaza. » Fin 1992, on comptait six cents mosquées dans Gaza. Et c’est ainsi que les islamistes ont tissé leur toile, à l’ombre d’une répression impitoyable frappant exclusivement les militants du Fatah et de la gauche palestinienne, en particulier le FPLP, le FDPLP et les communistes.

Le Hamas, qui a pris « le train de la résistance » avec retard

La suite est plus ou moins connue. Le Hamas, qui a pris « le train de la résistance » avec retard, s’affirme sur le terrain, prônant au fur et à mesure qu’il prenait du poids la récupération de toute la Palestine, avec à la clé la disparition d’Israël. C’est ainsi qu’il s’oppose aux accords d’Oslo signés en 1993 entre Israël et l’OLP. Commence alors une campagne d’attentats suicide. L’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir en 2001 et sa politique de répression et de poursuite de la colonisation renforcent un peu plus le Hamas. 80 % des infrastructures de l’Autorité palestinienne sont détruites et des cadres de l’OLP sont exécutés. Le Fatah est durement affaibli. Le Hamas en profite pour prendre le relais. Lorsqu’en 2004, Israël assassine le Cheikh Yassine puis son successeur Abdelaziz Rantissi, le mouvement décide de changer de stratégie et part à l’assaut des urnes. En 2005, le Hamas remporte ses premières élections municipales et en 2006, les législatives, et forme un gouvernement. Ces victoires sont unanimement condamnées par la communauté internationale, qui boycotte le Hamas. Les tensions avec le Fatah s’accroissent. Des combats éclatent, notamment à Gaza. En juin 2007, le Fatah en est chassé, perdant des dizaines de militants, certains défenestrés, le reste contraint à quitter ce territoire ou à se cacher. La population palestinienne est sous le choc. Le colonel Mazen Abou Hassan, membre du Fatah, rencontré à l’époque à Ram, près de Ramallah, était amer : « Le Hamas, c’est fini. Il n’y aura pas de dialogue après ce qu’ils ont fait aux nôtres. » Pour Ziad Medoukh, professeur à l’université Al-Aqsa à Gaza, « la population est déboussolée. Elle n’a pas encore réalisé l’ampleur du désastre. On est doublement enfermés, par Israël et par le Hamas ». La Palestine occupée est depuis divisée : Gaza est dirigé par un mouvement islamiste alors que la Cisjordanie, administrée par l’Autorité palestinienne, reste sous le contrôle de l’OLP. Pendant sept ans, Gaza vivra en marge du monde, soumis à un implacable blocus. Les tentatives de dialogue et de rapprochement avec l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas n’aboutissent guère, même au moment de l’offensive israélienne « Plomb durci » de 2008-2009.

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Netanyahou sera contraint à un choix : la paix ou la poursuite de la colonisation

La donne va changer avec le printemps arabe. Si l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Égypte en 2012 conforte le Hamas dans sa politique envers l’OLP et lui permet de sortir de son isolement, la lune de miel sera brève. Le président Morsi déchu en juin 2013, sur fond de sévère répression des Frères musulmans, met le Hamas dans une position inconfortable. Le général Sissi, nouvel homme fort de l’Égypte, somme le parti islamiste de lui livrer les dirigeants des Frères musulmans égyptiens ayant trouvé refuge à Gaza. Après les attentats dans le Sinaï contre les forces de sécurité égyptienne, Le Caire, renforce son étau contre Gaza, tout en exerçant en sous-main de fortes pressions sur les dirigeants du Hamas, pour les contraindre au dialogue avec l’OLP. Au sein même de la Ligue arabe, la situation a évolué depuis que l’Égypte n’est plus dirigée par les islamistes. Avec l’Algérie, l’Irak, la Tunisie, depuis le départ du gouvernement islamiste d’Ennahdha, et d’autres pays, elle fait contrepoids aux velléités des monarchies du Golfe. Qui plus est, du fait de cette évolution se traduisant par un recul de l’islam politique dans le monde arabe, des voix ont commencé à s’élever au sein du Hamas, prônant un rapprochement avec l’OLP. De son côté, l’OLP et Mahmoud Abbas, soumis aux pressions de l’opinion palestinienne exigeant l’unité des forces palestiniennes face à un Israël de plus en plus arrogant et qui poursuit en toute impunité sa politique de colonisation, n’avaient pas d’autre choix que l’unité des forces que prônait depuis sa prison Marwan Barghouti. Face à cette nouvelle donne, Benyamin Netanyahou, qui a accusé Mahmoud Abbas de « choisir le Hamas au lieu de la paix », sera également contraint à un choix : la paix ou la poursuite de la colonisation.

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L’accord de réconciliation

Une délégation de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a conclu, dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 avril, avec le Hamas à Gaza, un accord sur la formation d’un gouvernement d’union « d’ici à cinq semaines ». Selon un communiqué lu par le chef du gouvernement du mouvement islamiste au pouvoir à Gaza, Ismaïl Haniyeh, le futur exécutif sera « dirigé par le président Mahmoud Abbas ». Il devrait être composé de technocrates et préparer des élections législatives et présidentielle. Celles-ci doivent avoir lieu six mois après que le Conseil législatif palestinien (CLP, Parlement) aura voté la confiance à ce cabinet. Cet accord intervient à une semaine de l’échéance fixée pour les négociations de paix entre l’Autorité palestinienne et Israël, le 29 avril, qui paraissent compromises. Israël a accusé M. Abbas d’avoir choisi « le Hamas et non la paix » et a annulé une session de négociations avec les Palestiniens prévue mercredi soir. « Quiconque choisit le Hamas ne veut pas la paix », a estimé le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, dans un communiqué.

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