Michel Sapin est un menteur !

Dans l’arbre généalogique de Michel Sapin on trouve, entre autres, deux gardes du corps du Roi sous la Restauration et un apothicaire, mais pas de dentiste. Pourtant le ministre des Finances ment comme un arracheur de dent ! C’est d’ailleurs lui-même qui l’a confessé à la presse. Il avoue avoir monté une « mise en scène » à propos du déficit public pour 2015, pour éviter une discussion budgétaire avec les députés sur les possibilités de « dépenser plus». Faute avouée est à moitié pardonnée…mais pas cette fois !

Si le stigmate de Pinocchio était vrai…il aurait une drôle de tête, aujourd’hui, le ministre socialistes des finances. Même si sa devise en s’adressant aux moins riches et aux plus pauvres demeure « faites un effort, faites un effort ». À l’orée de la discussion budgétaire, le mois dernier, Michel Sapin s’était en effet engagé à tenir un « discours de vérité » aux parlementaires. « Nous allons avoir le temps de discuter de tous les points qui composent la loi de finances ici même, à l’Assemblée nationale, qui est le lieu où s’exerce la souveraineté nationale, avait-il insisté. Je ne connais qu’un seul endroit où l’on peut rejeter, repousser, censurer et amender un projet de budget : c’est ici même, et vous aurez l’occasion de le vérifier. » Changement de ton, quelques semaines plus tard. Dans l’avion qui le conduit à Berlin, mercredi dernier, le ministre s’épanche sur les conditions du bouclage du budget de l’État pour 2015, dont la partie recettes vient d’être adoptée, le 21 octobre, par les députés. Juste après le vote, le ministre avait annoncé en catastrophe 3,6 milliards d’euros de recettes supplémentaires pour boucher une part du déficit structurel de la France attendu l’an prochain, et éviter ainsi un camouflet humiliante de la part de la Commission européenne. « Exploit », « surprise », « miracle » : le lendemain, la presse avait alors commenté, mi-admirative, mi-ironique, l’art du ministre à contourner in extremis « l’obstacle » bruxellois… mais elle n’avait pas eu un mot pour le manque de considération du Parlement, mis devant le fait accompli.

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Mais soucieux de corriger l’impression d’improvisation et de chance qu’a laissée l’épisode, Michel Sapin passe aux aveux : « Ce qui m’amuse, c’est que personne ne puisse imaginer que les choses puissent être à peu près maîtrisées », aurait-il déclaré, selon ses propos rapportés par le Monde. Et le ministre de confesser une « mise en scène » avec la Commission européenne, car « tout le monde savait à peu près sur quoi se jouerait l’acte final »… Comme s’il s’agissait de théâtre ! « Tout le monde » savait, donc… sauf le Parlement. Michel Sapin s’en explique ensuite plus avant : « Si j’avais posé dès le début les éléments de fin, je m’exposais à deux risques. Sur le front interne (le Parlement – NDLR), qu’on nous dise ‘‘puisqu’il y a de l’argent, on peut dépenser plus’’ ; sur le front externe (les Européens – NDLR), qu’on (nous) demande plus (d’économies budgétaires). J’ai préféré faire en sorte qu’on amasse des noisettes pour qu’on aboutisse à la fin de la discussion. » Cet aveu est peu banal : s’il est courant qu’un gouvernement doive rectifier ses prévisions de recettes et de dépenses en cours de discussion budgétaire ou même après une loi de finances initiale, jamais un ministre ne se vante ainsi d’avoir sciemment caché des informations pour empêcher les députés d’exercer leur souveraineté budgétaire.

Mensonge d’État !

pinocchioÀ l’Assemblée nationale, le ministre a ainsi « mis en scène », comme il le dira lui-même plus tard, son prétendu refus de « faire plus d’efforts » dans « une situation économique difficile ». Aux observations du Haut Conseil des finances publiques, le « gendarme » des déficits, sur le non-respect de « l’ajustement structurel annoncé », Michel Sapin réplique : « La question de l’adaptation du rythme du déficit doit donc être posée clairement, pas par-derrière ou subrepticement, comme elle l’est au niveau de l’ensemble de la zone euro… » Le bénéfice politique pour le gouvernement est évident : Michel Sapin peut alors insister à l’Assemblée sur « l’importance des économies » comme seul moyen de « redonner 3,2 milliards d’euros aux ménages moyens et modestes » et de « retrouver des marges de manœuvre dans les budgets publics ». Le ministre des Finances connaissait-il déjà, ce 14 octobre, l’existence des 3,6 milliards qu’il mettra sur la table moins de quinze jours plus tard ? Michel Sapin reste flou sur les dates avant la lettre de la Commission européenne du 21 octobre réclamant des explications. Mais « à l’évidence, (ces) mannes budgétaires étaient prévisibles lors du débat en première lecture à l’Assemblée nationale », tranchent les membres du courant socialiste Maintenant la gauche de la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann. À plusieurs moments, le ministre aurait pourtant pu faire la clarté sur les choix du gouvernement. Ainsi, quand le député PCF-Front de gauche, Nicolas Sansu, pointera l’existence de « gisements de recettes » inexploités du côté de « l’évasion et de la fraude fiscales », justement l’une des sources des 3,6 milliards… Mais en commission, le député tombera alors sur le mutisme du ministre. Sacrée conception de la démocratie Monsieur Sapin !

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