Après les manifs et l’Assemblée nationale, le gouvernement censure les morts de 14-18

Quelle raison a animé le Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Défense chargé des anciens combattants et de la mémoire en interdisant la célèbre chanson de « Craonne » au cimetière allemand de Fricourt dans la Somme lors des commémorations marquants le 100ième anniversaire de cette bataille meurtrière ?

Est-ce un hasard si au moment où l’OTAN envoie 4000 soldats supplémentaires à l’Est face à la Russie en Pologne et dans les Pays Baltes? Est-ce un hasard si au moment où sort une déclaration conjointe sur le renforcement de la politique de sécurité et de défense commune de l’Union Européenne, confirmant la volonté du gouvernement français et allemand, entre autre, d’assumer une plus grande intégration politique et militaire ? Le Secrétaire d’Etat sous la responsabilité du Ministre de la Défense a interdit le 1er juillet 2016 que soit entonnée la Chanson de Craonne, qui était la chanson des soldats du Chemin des Dames qui refusaient de mourir pour rien sous les ordres du général Nivelle.  Est-ce pour mieux faire oublier que le général Pétain fit fusiller des centaines de poilus pour faire taire la colère des soldats contre cette guerre injuste ? Nous poursuivrons notre combat pour la réhabilitation de tous les fusillés pour l’exemple.

063589-000_2171823_33_201Cet acte de censure n’est pas innocent au moment où les peuples d’Europe, comme le peuple anglais souverain, refuse la conception actuelle de l’Europe comme d’autres pays avant lui. A ceux qui ne pensent qu’intégration militaire, à ceux qui ne pensent qu’à développer l’industrie de guerre, c’est sûr que les strophes de la Chanson de Craonne dérangent, elle parle des peuples victimes de cette guerre et de leurs responsables. « Adieu la vie, Adieu l’amour, Adieu toutes les femmes, C’est bien fini, c’est pour toujours, De cette guerre infâme, C’est à Craonne sur le plateau, Qu’on doit laisser sa peau, Car nous sommes tous condamnés. Nous sommes les sacrifiés. » C’est la 2ème fois que le gouvernement français interdit la chanson de Craonne. Elle fut interdite sous peine de cours martiale en 1916 et ne fut réhabilitée qu’en 1974. 100 ans plus tard le gouvernement socialiste la censure à nouveau.

V043L’association  ARAC (Association républicaine des Anciens Combatants) qui est née, sous l’impulsion en particulier d’Henri Barbusse, soldat et auteur du roman Le Feu, prix Goncourt en 1917, justement de cette rébellion et pour s’attaquer aux causes de cette guerre, qui nous rappelle  qu’il s’agit de l’une des batailles les plus meurtrières de l’histoire avec parmi les belligérants environ 442 000 morts ou disparus. La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, fut, pour l’armée britannique, une véritable hécatombe, avec près de 20000 tués. L’ARAC, qui défend la fraternité entre les hommes, les valeurs de la République, la souveraineté de la nation française, ne peut qu’interpréter ce geste, cette décision, que comme un acte de soumission, comme un acte d’allégeance confirmant la volonté du gouvernement français de poursuivre l’intégration européenne, la construction d’une fédération européenne et de faire taire toutes formes de contestation. Mais jusqu’où est capable d’aller ce gouvernement ?

1007636-Bataille_de_VerdunLa chorale de Poulainville bâillonnée

François Grandsir, directeur de la chorale de Poulainville dans la Somme, avait prévu de chanter La Chanson de Craonne, hymne antimilitariste, au cours de la cérémonie commémorant la bataille de la Somme, à Fricourt, le 1er juillet. Le secrétariat d’Etat aux anciens combattants parle d’un problème d’emploi du temps, M. Grandsir de censure, comme le rapporte France 3. Toujours est-il que la chanson fut retirée du programme, comme elle fut interdite en 1917 après que des mutinés du chemin des Dames la chantèrent.  Le commandement militaire français censure alors ce chant, qui dénonce l’absurdité de la guerre et appelle à la grève des soldats. Elle reste bannie jusqu’en 1974. Chargée de colère contre « ceux qu’ont le pognon », ces « embusqués » qui ne montent pas au front, La Chanson de Craonne, du nom d’un village de l’Aisne situé sur le chemin des Dames, rappelle le sacrifice injustifié de centaines de milliers de jeunes gens, qu’ils soient français, britanniques, sénégalais, algériens, marocains et allemands.

 

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