La garde nationale, nouvel instrument sécuritaire du gouvernement

Lors d’un conseil de défense qui s’est tenu le 3 août à l’Élysée, François Hollande a confirmé la création de cette structure à laquelle applaudissent la droite et son extrême. Pourtant, les effectifs des réservistes policiers et militaires pourraient dégager d’autres perspectives. (L’intégralité de cet article est extrait de l’édition de l’Humanité du 4 août 2016)

Hier matin, au palais de l’Élysée, en présence de Manuel Valls, des ministres de l’Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères, de la Justice, ainsi que des responsables des services de police, de gendarmerie, du renseignent et du chef d’état-major des armées, François Hollande a confirmé le projet de création d’une garde nationale. Après le prolongement indéfini de l’état d’urgence, cette étape supplémentaire éloignée d’une réponse aux attentes et aspirations locales pour développer du « vivre-ensemble » renforce le climat de tension et du tout sécuritaire. La veille au soir, le président de la République, devant la presse présidentielle, avait déjà expliqué que cette structure, dont la mission essentielle serait de « prêter main-forte aux forces de l’ordre dans la lutte antiterroriste », pourrait être mise sur pied sans que cela nécessite une loi nouvelle.

epa05024913 Solderis and policemen patrol near the Eiffel tower in Paris, France, 14 November 2015.The French government declared a state of emergency, tightened border controls and mobilized 1,500 soldiers in consequence to the 13 November Paris attacks. At least 120 people have been killed in a series of attacks in Paris on 13 November, according to French officials. Eight assailants were killed, seven when they detonated their explosive belts, and one when he was shot by officers, police said.  EPA/GUILLAUME HORCAJUELO (MaxPPP TagID: epalive905209.jpg) [Photo via MaxPPP]

Dès le 20 juillet,  François Hollande avait appelé à s’investir dans les différentes « réserves » pour participer à cette nouvelle garde, dont il avait en fait tracé des contours vagues dès après les attentats du 13 novembre 2015. Puis, à Rivesaltes, jeudi dernier, il a précisé : « J’ai dit que nous allions gonfler la réserve opérationnelle, des jeunes hommes et femmes qui s’engagent dans la gendarmerie, dans la police, pour quelques semaines, quelques mois, pour faire force d’appoint, pour que nous puissions être plus présents. C’est également vrai dans les armées. » Si personne ne met en doute la fatigue réelle de l’ensemble des forces de police et de sécurité, particulièrement sollicitées depuis des mois, ce n’est pas cette garde qui va répondre, on s’en doute bien, au manque d’effectifs criant dans ces services relevant du pouvoir central. De nombreuses voix se sont élevées à droite pour applaudir à la mesure, voyant là un opportun renfort, oubliant dans le même mouvement que Nicolas Sarkozy, l’actuel patron des « Républicains », d’abord à l’Intérieur puis à la présidence, avait d’un trait de gomme sur le tableau des effectifs supprimé 13 000 postes de policiers et de gendarmes.

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L’équipe de François Hollande et le chef de l’État lui-même ont ensuite annoncé la création de plus de 9 000 postes, mais, si l’on en croit un récent rapport de la Cour des comptes, plus de 2 000 de ces emplois ne seraient toujours pas pourvus. Notamment à cause des départs à la retraite, certes remplacés mais pour un bilan nul en termes d’effectifs, et de la capacité limitée des écoles de police. Sans oublier que les économies à marche forcée dans les effectifs publics ont laissé des traces, même si Hollande a défendu la primauté de son « pacte de sécurité ». Le PS s’est « réjoui » de l’annonce de cette création. À droite on applaudit aussi, tel l’ancien ministre Renaud Donnedieu de Vabres qui dans le Figaro du 1er août pointe que « dans la garde nationale citoyenne, c’est retrouver le chemin d’une fierté véritablement partagée ». Rudy Salles, député UDI des Alpes-Maritimes, a indiquait que sa formation « le proposait depuis longtemps ». Mais c’est de la droite extrême que parviennent les échos les plus positifs. Le vice-président du FN Florian Philippot a qualifié l’idée de « très bien », et Wallerand de Saint-Just, trésorier de la formation frontiste, a tweeté : « Garde nationale, une idée de toujours du FN ». Voilà qui a le mérite de la clarté.

47edfbdfcfd7e1761fd1db2a0c602Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, s’indigne en revanche que « le gouvernement s’inspire des propositions avancées en décembre 2015 par Robert Ménard, le maire d’extrême-droite de Beziers ». D’autant plus, poursuit-il, qu’il n’est pas question « de recréer la garde nationale de la Commune de Paris, mais plutôt de copier le modèle de la garde nationale des États-Unis (utilisée) à des fins de répression dans le sang des mouvements sociaux et démocratiques ». (Lire ci-contre l’interview de Yann Le Pollotec ). Cette garde doit prendre sa place dans les effectifs de la réserve opérationnelle, qui avec ses deux niveaux compte au bas mot 174 000 anciens gendarmes et militaires d’actives, et parmi eux des réservistes qui ont signé un contrat ESR (engagement à servir dans la réserve). Mais seulement 321 réservistes ont à ce jour été engagés dans l’opération « Sentinelle » de surveillance militaire des lieux publics. Des chiffres qui pointent des ressources humaines réelles et démontrent que sa création semble pour le moins très orientée.

Yann le Pollotec : « La sécurité sur notre sol doit relever de la police, des douanes, de la justice, et non de l’armée »

Le PCF dénonce la création d’une garde nationale en trompe-l’œil qui ne répond pas aux besoins actuels, quand les enjeux, tant sur les plans intérieur qu’extérieur, sont ignorés. Que pensez-vous de la constitution d’une garde nationale ?

Yann le Pollotec : Ce choix ne répond pas aux problèmes de sécurité actuels et aux questions fondamentales. On ne tire pas ici les enseignements de l’échec de l’opération « Sentinelle », qui s’est avérée contre-productive pour les militaires et inefficace sinon dangereuse pour les populations. Depuis la suspension de la conscription (service militaire – NDLR), la réserve est un échec. Le gouvernement veut créer une garde nationale qui l’inclurait et serait ouverte sur la base du volontariat aux jeunes et sans-emploi. Le risque est de se retrouver avec un ersatz d’armée et de police sous-formé, sous-payé et sous-équipé. En l’état, ce choix ouvre de plus la porte à une privatisation accrue des fonctions régaliennes de sécurité de l’État. Le risque de se diriger vers une délégation de l’usage de la violence légale à des sociétés privées est réel.

la-ville-quadrillee-par-2200-militaires-de-la-garde-nationaleQuel message est envoyé ?

Yann le Pollotec :  Cette garde nationale a d’abord été réclamée en premier par l’extrême droite. Aux États-Unis, elle a été très utilisée pour réprimer les mouvements sociaux et civiques. En France, même s’il y a eu des exceptions avec la Commune, elle a souvent été dirigée contre le peuple comme lors du massacre du Champ-de-Mars. Pour son coup médiatique, le gouvernement choisit une fois de plus une référence négative et un clin d’œil à la droite extrême. La réalité, c’est qu’il faut améliorer la condition des soldats et des militaires de ce pays. En équipements, munitions, casernes, encadrement, la situation est très critique. C’est cela qu’il faut régler. Arriver à un effectif de 84 000 personnes dans la garde nationale en 2019, comme l’a annoncé le gouvernement, me semble impossible sans être au rabais.

Que faire pour les besoins de sécurité immédiats 

Yann le Pollotec :  Sur le territoire, la question de la sécurité, hors installations stratégiques, doit relever de la police, des douanes et de la justice, et non de l’armée. Il faut éviter toute confusion entre sécurité intérieure et extérieure. Les moyens de l’État doivent être renforcés en termes de justice, de renseignement, de police et tout ce qui concourt à la résilience de la population. Daech tente de mettre en contradiction la France avec ses principes républicains pour créer un climat de guerre civile. Il ne faut surtout pas sacrifier la démocratie à des pratiques sécuritaires qui ne sont qu’une illusion de sécurité. Combattre Daech implique de s’attaquer au fond, et pas uniquement aux conséquences. Il faut comprendre pourquoi des Français en viennent à basculer dans le terrorisme. Tarir la source suppose de profonds changements en termes de politiques étrangère et nationale. Prévenir les attentats et réagir au mieux pour protéger les populations demande d’investir dans les services publics, dont la police, l’armée et la justice, plutôt que de bricoler des gardes nationales et d’attaquer l’État de droit.

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