Le procès de l’écrivaine Asli Erdogan, ou la farce d’un apprenti dictateur

*** Local Caption *** Portrait of Turkish author Asli Erdogan. She studied Computer Technology and Physics at Bogazici University in Istanbul and worked as a particle physicist at CERN prior to publishing her first novel, Kabuk Adam, in 1994. In 1996, she won the Deutsche Welle Prize for her short story The Wooden Birds. Her second novel, The City in Crimson Cloak, was published in the United States in 2007. Erdogan is a human-rights activist and former Turkish representative of PENs Writers in Prison Committee.

En Turquie, les choses ne s’arrangent pas. Erdogan continue sa transformation en dictateur. Une de ses cibles: les intellectuels, dont l’écrivaine Asli Erdogan, qui écrivait pour le journal d’opposition. A l’ouverture de son procès, elle a été remise en liberté, surement grace à la mobilisation. Toutefois, le jugement risque de ne pas être clément.

Le tribunal d’Istanbul a ordonné jeudi, à l’ouverture de leur procès, la remise en liberté sous contrôle judiciaire de l’écrivaine turque Asli Erdogan et de la linguiste et philosophe Necmiye Alpay, qui étaient citées à comparaître avec sept autres intellectuels pour appartenance à une « organisation terroriste », « propagande en faveur d’une organisation terroriste » et « incitation au désordre ». En détention préventive depuis plus de quatre mois, Asli Erdogan, 49 ans, et Necmiye Alpay, 70 ans, devaient sortir de la prison pour femmes de Bakirköy dans la soirée d’hier. Elles ne sont pas pour autant acquittées : leur procès se poursuivra la semaine prochaine.

Le 10 novembre dernier, le parquet d’Istanbul avait requis la prison à perpétuité pour avoir écrit et collaboré au journal d’opposition Özgür Gündem. Dans l’un de ses textes, Asli Erdogan avait dénoncé les crimes contre l’humanité du président turc, Recep Tayyip Erdogan, au Kurdistan et l’état de siège régnant sur l’ensemble du territoire depuis le coup d’État avorté du 15 juillet.

Toutes deux ont été accusées par le pouvoir islamo-conservateur d’appartenir au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, classé organisation terroriste par Ankara, Washington et Bruxelles), une formation dont elles ne se sont par ailleurs jamais revendiquées. Leur arrestation a eu lieu dans le cadre de la vaste chasse aux sorcières menée dans l’armée, la justice, la police, la presse, les ONG et la culture, qui a abouti à l’arrestation de 35 000 personnes. Alors que le ministère de la Justice turc avait tout mis en œuvre pour qu’aucun observateur, journaliste ni diplomate ne puisse assister au procès, Asli Erdogan aurait déclaré à l’ouverture de l’audience : « Il ne me revient pas d’expliquer le droit à une salle remplie de juristes. Défendre la justice, c’est votre devoir. Je passe dans l’histoire comme la première femme de lettres jugée dans ce siècle avec une perpétuité aggravée en lieu et place de la peine de mort. Je me défendrai comme si le droit était respecté. »

« Cette affaire : une honte pour la Turquie… »

Une mobilisation d’ampleur internationale est née dans les jours qui ont suivi le coup de filet contre ces intellectuelles. Des lectures des textes d’Asli Erdogan, lauréate de nombreux prix, étaient organisées sur l’ensemble du continent européen. Cette dernière a souvent dénoncé la torture et les conditions de détention en Turquie. Elle-même souffre d’asthme et de diabète, et ses proches ont souvent alerté sur une détérioration de sa santé en prison. Hier, un comité de soutien s’était réuni dans le silence à l’extérieur du tribunal afin de ne pas tendre l’atmosphère dans et hors de l’enceinte. « Nous sommes ici par solidarité avec les prévenus et pour défendre la démocratie. C’est maintenant ou jamais qu’il faut le faire, après, il sera trop tard, la dictature sera là », a ainsi déclaré Murat, 48 ans, à l’Agence France Presse. « Cette affaire est une honte pour la Turquie, une honte pour Recep Tayyip Erdogan et une honte pour l’Europe, qui ne fait rien pour soutenir la liberté d’expression », a de son côté expliqué Leyla Kizilkaya, soutien de l’écrivaine. De fait, les dirigeants européens ont très mollement élevé la voix, craignant que le président Erdogan mette ses menaces de laisser les 2,7 millions de réfugiés syriens présents sur son territoire passer les frontières.

Vous pouvez en apprendre davantage sur l’humanité, où vous pourrez écouter notamment un des textes de l’écrivaine.

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