Une justice digne de ce nom pour Théo

Une nouvelle fois, un contrôle de police effectué auprès d’un jeune habitant de quartier populaire a connu une issue particulièrement violente. Jeudi 2 février, à Aulnay-sous-Bois, en fin de journée, les policiers ont procédé à l’arrestation d’un jeune homme durant laquelle des violences ont été commises. Celles-ci ont eu pour conséquence l’hospitalisation de ce dernier, blessé à coups de matraque et victime d’atteintes corporelles très importantes. De leur côté, les quatre policiers impliqués ont été mis en examen, trois pour « violences volontaires avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique » et le dernier pour viol. Néanmoins, ils ont tous été laissés en liberté. Une nouvelle fois,  un prétendu contrôle d’identité a abouti  à des actes de violence injustifiables et inqualifiables.  L’importance des blessures infligées telles que relatées par la presse évoque une violence délibérée et inadmissible. Le jeune homme, hospitalisé, a dû être opéré pour une déchirure anale de 10 centimètres ainsi qu’une perforation du côlon. L’enquête judiciaire en cours doit permettre d’établir les faits, être l’objet d’un traitement impartial et aboutir à ce que justice soit faite.

J’ai choisi de reprendre ici l’interview que vient d’accorder l’avocat Eric-Dupont-Moretti (photo ci-dessus), avocat de la famille de Théo, au site du Nouvel Observateur. Propos recueillis par Elsa Vigoureux, journaliste.

Théo et sa famille ont-ils déposé plainte depuis la commission des faits ? : J’ai été saisi samedi. A l’instant où je vous parle, Théo et sa maman se sont constitués parties civiles. Ils n’ont pas déposé de plainte parce qu’une information judiciaire est déjà ouverte.

 Donc, vous êtes confiant ? : Absolument pas. Je suis vigilant. Voilà ce qui est acquis : nous avons des vidéos, du sang sur un mur, une déchirure anale de 10 centimètres qui a nécessité une intervention chirurgicale, une incapacité temporaire de travail de 60 jours, et mon client doit pour l’instant porter une poche.

 Le parquet de Bobigny avait requis des poursuites pour « violences ». Le magistrat instructeur a mis l’un des policiers en examen pour viol. Que pensez-vous de la qualification retenue de « violences » à l’encontre des trois autres ? : Dans le musée des horreurs dont je suis le gardien, j’ai vu beaucoup de viol avec introduction d’objets. Mais je n’ai jamais rencontré de procureur de la République qui qualifie ce genre de faits de « violences ». Prétendre que de tels faits, l’introduction d’une matraque dans l’anus d’une personne, ne sont pas sexuels est selon moi hérétique. Je prends cependant bonne note du fait que le juge d’instruction, lui, poursuit l’un des policiers pour « viol ». L’information judiciaire va permettre de clarifier les positions divergentes entre ce que disent les policiers et Théo.

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Photo Le Nouvel Observateur

Aujourd’hui, les policiers sont libres…:  Ils n’ont en effet pas été placés en détention. On peut dire que le principe selon lequel la détention doit rester l’exception a été respecté à la lettre. Mais je m’interroge : en aurait-il été de même si quatre jeunes gens en avaient frappé un cinquième et lui avait introduit une batte de base-ball dans l’anus ?

Le communiqué du parquet de Bobigny laissait entendre hier que c’est au cours d’une intervention liée à un trafic de stupéfiants que Théo a été interpellé. Qu’en dites-vous ?: Alors, je vais vous dire deux mots sur la personnalité de Théo : il est éducateur, il n’a jamais été condamné, c’est un sportif passionné de foot, qui se déplaçait pour rendre une paire de baskets à l’amie de sa sœur. Son chemin a croisé celui de quatre policiers, aujourd’hui il est à l’hôpital. Théo nous a raconté avoir ressenti une douleur si intense qu’elle l’anesthésiait, au point qu’il ne sentait même plus les coups. Selon lui, les violences ont même continué dans la voitures des policiers. Ces derniers lui auraient attrapé les parties génitales, lui auraient craché dessus, et auraient proféré des insultes racistes à son égard. Je dois donc dire que j’ai été choqué d’entendre aujourd’hui encore, Grégory Goupil du syndicat de police Alliance, parler d’une interpellation qui se serait effectuée après une rébellion.

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Photo Le Parisien

Le ministre de l’Intérieur a invité la famille à venir le rencontrer, en vain. Que s’est-il passé ?: Je leur ai en effet conseillé de ne pas y aller. C’était dimanche. A 16 heures, ils seraient donc allés voir Bruno Le Roux, qui leur aurait offert thé et petits fours. Et à 17 heures, le parquet de Bobigny requérait des qualifications de « violences » pour les faits dont Théo a été victime. Il me semble que cela aurait donné l’image d’une certaine cohérence qui n’était pas opportune.

Dans quel état d’esprit Théo et sa famille se trouvent-ils aujourd’hui ?: Ils sont dans la volonté de pacifier les choses, ce qui décuple naturellement leur exigence envers la justice. Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas de gens qu’on pose où l’on veut, cette famille est intelligente et Théo sait ce qu’il veut : une justice digne de ce nom.

 

Justice pour Théo

Déclaration de Fabienne HALOUI, Responsable de la lutte contre le racisme et pour l’égalité au PCF

Un contrôle de police se termine pour l’interpellé, par un viol à la matraque et par des propos rapportés comme humiliants et racistes. C’est effrayant et inacceptable ! Il appartiendra à la justice de qualifier la nature de ces violences : les sanctions doivent être exemplaires. Il faudra aussi comprendre les causes qui rendent trop souvent des interventions de police attentatoires aux droits fondamentaux. Les habitants des quartiers populaires ne sont pas des ennemis dont il faudrait se méfier et tenir à distance. Quelque soit le motif d’interpellation, la dignité de tout être humain doit être préservée si nous ne voulons pas qu’un fossé de haine et de défiance se creuse entre les forces de l’ordre et la jeunesse des quartiers populaires. Comme l’a fait Pierre Laurent, j’affirme que les violences policières discriminatoires dans les banlieues doivent sortir du déni. Un débat public est absolument nécessaire pour refonder les missions de la police dans ces quartiers.

 

 

 

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