Ils étaient vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Unique photo de l’exécution de 22 membres du Groupe Manouchian, le 21 février 1944

Le matin du 17 mars 1943, Missak Manouchian, Arsène Tchakarian et Marcel Rayman, attaquent à la grenade un groupe de soldats allemands à Levallois-Perret. Cet attentat marque le début d’une série d’actions menée par un groupe de résistants issus de la MOI (Main d’œuvre immigrée), plus connu sous le nom de groupe Manouchian. Pendant plusieurs mois cette organisation, composée d’une soixantaine d’hommes et de femmes, communistes internationalistes pour la plupart, va harceler quotidiennement l’occupant nazi. Immigrés pour la plus part, ils vont être la principale force armée s’opposant directement aux allemands en région parisienne. Dotés d’un courage sans faille et guidés par un idéal, celui de la liberté, fusillés le 21 février 1944, ils vont à jamais marquer l’histoire de la Résistance.

Après des semaines de filature menée conjointement par les nazis et la police française, ils sont une trentaine de résistants à être arrêtés en novembre 1943. Parmi eux, Missak Manouchian, leader parisien des FTP-MOI et Joseph Epstein, chef régional de l’organisation(9). Cette arrestation met fin à la résistance armée au sein de la capitale pendant plusieurs mois.

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La presse de collaboration va présenter ces résistants comme des terroristes

Après avoir été torturés 24 des interpellés sont présentés devant une cour martiale allemande le 19 février 1944. Un simulacre de procès débouche sur la condamnation à mort de vingt-trois d’entre eux. Parmi eux, Rino Della Negra, un argenteuillais d’origine italienne âgé de 19 ans. Ils sont fusillés le 21 février 1944. Olga Bancic, seule femme du groupe, sera décapitée à Stuttgart  le 10 mai 1944. Les nazis profitent de l’occasion pour lancer une importante campagne de propagande destinée à diaboliser la résistance. Des milliers d’affiches et de tracts sont ainsi diffusés dans plusieurs grandes villes du territoire, la fameuse Affiche rouge, dont Aragon tirera un magnifique poème «Strophes pour se souvenir » , mit plus tard en musique par Léo Ferré sous le nom de « l’Affiche Rouge ».

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« Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants L’affiche qui semblait une tache de sang Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles Y cherchait un effet de peur sur les passants ». Extrait du poème d’Aragon « Strophe pour se souvenir »

Xénophobe, antisémite, l’affiche nazie assimile la résistance à un « complot étranger contre la vie des Français et contre la souveraineté de la France ». Cependant, plutôt que de répugner la population, cette affiche va venir lui rappeler que la lutte contre l’occupant est encore bien vivante. Certains déposeront même des fleurs aux pieds de quelques affiches. 73 ans après la disparition des membres du groupe Manouchian, il est plus que jamais essentiel de garder vivante leur mémoire. A travers leur courage, leur humanisme, leur espoir sans faille en un avenir meilleur ou encore leur lutte contre la haine et le fascisme, ils ont œuvré pour la paix. Arméniens, espagnols, italiens, roumains, hongrois, polonais ou encore français, ces hommes et ces femmes ont su unir leur force au service l’émancipation humaine. Combattants de la liberté et de la fraternité, ils incarneront à jamais le visage de la Résistance.

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Hier, pour la commémoration du 73ième anniversaire de l’exécution des membres du groupe Manouchian, dans le cimetière d’Ivry où ils sont enterrés, un homme, a refusé de s’assoir le temps de la diffusion du Chant des Partisans ou de la chanson « L’Affiche rouge ». Cet homme c’est Arsène Tchakarian, centenaire, d’origine arménienne, dernier survivant du groupe Manouchian. Il a fait signe qu’il resterait debout en hommage à ses camarades

Les vingt et trois « des gens venus de partout », immigrés, réfugiés juifs, arméniens, polonais, hongrois, espagnols, italiens et français : Missak Manouchian, Joseph Boczov, Marcel Rayman, Celestino Alfonso, Georges Cloarec, Roger Rouxe, Robert Witchitz, Rino Della Negra, Spartaco Fontano, Césare Luccarini, Antoine Salvadori, Amédéo Usséglio, Thomas Elek, Emeric Glasz, Maurice Fingercwajg, Jonas Geduldig, Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Willy Szapiro, Wolf Wajsbrot, Arpen Lavitian. Olga Bancic est rejugée à Stuttgart et guillotinée le 10 mai 1944.

 

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