Cannabis : Macron nous enfume !

L’idée du gouvernement : infliger une amende directement à l’acheteur de cannabis, sans passer par les cases garde à vue et justice. Syndicat de la magistrature, associations en charge de la prévention des addictions, ainsi que de nombreux spécialistes et élus, dont moi-même, n’y croient pas.Comme j’ai pu le déclarer à plusieurs reprise, je suis partisan de la légalisation de la consommation de cannabis contrôlée par l’État. Alors Monsieur Macron, pourquoi ne pas demander l’avis des Français sur cette question ?

Rappelons que la France, avec 4,7 millions de consommateurs dont 1,4 de réguliers, est le pays d’Europe où la consommation de cannabis est la plus élevée. Elle a augmenté le plus chez les 15-34 ans en 15 ans : 17% en 2000 contre 22% en 2015 (voir PDF tableau de la consommation en France en bas de cet article) . Notons que notre pays dispose de la loi la plus répressive en cas d’infraction à la législation sur les stupéfiants, punie par un an de prison et 3 750 euros d’amende. Enfin, la vente du cannabis rapporte près de 1,5 milliard d’euros par an aux trafiquants alors qu’elle coûte 800 millions d’euros en dépenses publiques en matière de répression.

Comme dans de nombreux autres domaines, il y a le discours de Macron avant l’ élection présidentielle et celui, totale ment opposé, de l’après élection !

80 % des 200 000 personnes interpellées chaque année pour usage de stupéfiants sont des consommateurs de cannabis. Les interpellations débouchent essentiellement sur des rappels à la loi, à des fins de désengorgement de la justice. Cette amende forfaitaire, telle que voulue par Emmanuel Macron, ne saurait donc enrayer l’échec de la politique pénale en vigueur depuis 1972. Pour l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, le projet du ministre de l’Intérieur, « est une mesure purement sécuritaire qui n’a aucun lien avec la santé et qui a pour unique fonction d’alléger la paperasse des policiers et les procédures dans les tribunaux ».

Dans un sondage Ipsos Public Affairs, réalisé en octobre 2016 : 84% des Français jugent inefficace la législation interdisant la vente et la consommation du cannabis. 52% considèrent que la vente du cannabis sous contrôle de l’État permettrait de casser le trafic.

La Fédération Addiction juge pour sa part que, « Ce projet reste dans une vision très naïve qu’il suffirait de menacer un consommateur d’une sanction  pour qu’il cesse sa consommation ».  Pour le Syndicat de la magistrature, c’est très clair : « l’amende pour usage illicite de stupéfiant est une idée à proscrire, totalement inefficace pour la dissuasion. Nous nous y opposons vigoureusement». Enfin, elle est dangereuse pour les policiers devant verbaliser qui se trouveront en rapports difficiles avec les consommateurs. En aucune manière cette nouvelle mesure, qui n’aborde absolument pas le domaine de la prévention, permettra de vider les halls d’immeubles de Bezons et d’ailleurs squattés par les dealers. Car là où il y aura toujours des acheteurs, il y aura toujours des vendeurs. En maintenant la prohibition, le gouvernement fait le choix de maintenir le trafic.

Selon les chiffres de l’Insee sur les morts liées à l’alcool et au tabac, et ceux de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ex-Afssaps), ce sont les drogues légales qui tuent le plus en France. Le tabac est responsable de 78 000 décès chaque année, l’alcool 49 000.

Pourtant les études menées dans les 32 pays et 12 états américains ayant opté pour la légalisation contrôlée démontrent que la légalisation n’entraine pas de hausse de la consommation, en particulier chez les plus jeunes, que le report sur des drogues plus dures est quasiment nul tout comme l’activité de contrebande. Les politiques de prévention, principalement en direction des jeunes, s’avèrent efficaces. Le contrôle de la culture du cannabis par les États évite de consommer du cannabis ou du haschisch (résine de cannabis) frelatés, comme c’est le cas aujourd’hui sur le « marché » français où on trouve des barrettes de cannabis coupées au plomb ou d’autres matières hyper-toxiques. Enfin, les recettes de la taxation de la vente vont dans les caisses de l’État et la disparition des dealers permet de confier d’autres missions de sécurité publique aux forces de l’ordre. La lutte contre le trafic mobilise en effet 14% des effectifs de police.

En 2017, le Canada et l’Uruguay ont adopté une loi légalisant la consommation de cannabis. Et les autres exemples de légalisation se multiplient dans le monde, y compris aux États-Unis.

En septembre 2016 sur France Inter, Emmanuel Macron reconnaissait n’être « pas contre » la légalisation du cannabis. Quatorze mois plus tard, devenu président, et malgré l’accroissement du mouvement de légalisation à travers le monde, il a tranché. Il préfère laisser la France à la traîne et…les dealers « empoisonner » la vie des locataires de nos cités. Forcément, il n’y habite pas ! Les réseaux mafieux ont des raisons de se réjouir. Ainsi donc, la santé publique, les recettes fiscales issues de la vente et qui pourraient être affectées au budget de la Sécurité sociale et à la prévention, les créations d’emplois légaux, estimés à 13 000, et la tranquillité des citoyens…tout cela peut attendre. En matière de lutte contre les dealers, Macron nous enfume !

LES CHIFFRES DE LA CONSOMMATION DE CANNABIS EN FRANCE, CLIQUEZ ICI : Doc6

Mettre à l’amende les consommateurs est-il une solution? L’avis de Renaud COLSON, professeur de droit.  

Extrait de l’interview donnée au magazine l’Express le 22 janvier 2018

« La systématisation de la sanction n’est pas une solution. Elle restera nécessairement aléatoire (comment songer sérieusement que l’on pourra punir les millions de consommateurs de cannabis) et elle renforcera les phénomènes de gestion différentielle des illégalismes: les jeunes des quartiers populaires qui consomment dans les parcs et dans les rues seront sans doute verbalisés plus fréquemment, leur punition étant facilitée par l’allègement de la procédure. Les très nombreux usagers issus de milieux plus favorisés pourront pour leur part continuer à consommer à leur domicile sans inquiétude. 

La répression accrue semble n’avoir eu aucun impact sur la consommation. Les hommes politiques de droite comme de gauche, les syndicats de policiers et les intervenants en toxicomanie s’accordent aujourd’hui pour dire qu’elle ne remplit pas ses objectifs. « Nous vidons la mer avec une petite cuillère » nous disent les policiers.

Renoncer au soin pour penser la réponse à l’usage de stupéfiants sur le mode de l’amende systématique n’a aucun sens en termes de lutte contre la toxicomanie. Elle ne fera pas baisser la consommation. Cette approche se justifie en revanche pour des raisons de gestion des flux au sein du système pénal, et pour des raisons idéologiques et économiques: le souci de conserver à l’alcool, au tabac et aux tranquillisants délivrés en pharmacie un statut privilégié sur le marché des produits psychoactifs. Ce n’est pas si surprenant quand on sait que lorsqu’il était ministre de l’Économie, Emmanuel Macron a contribué au détricotage de la loi Evin pour faciliter la publicité de l’alcool » . Renaud Colson est aussi maître de conférences en sciences criminelles à l’Université de Nantes, membre du laboratoire Droit et Changement Social.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s