Privatisation de l’énergie, ceux qui trinquent et ceux qui se partagent le gâteau

Il y a 72 ans, la loi du 8 avril 1946 présentée par le ministre communiste de la Production industrielle, Marcel Paul a nationalisé les industries électriques et gazières. Ainsi naquit EDF-GDF. 2007 :  L’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie promettait de meilleures offres pour les particuliers . Ces mêmes discours démagogiques  furent tenus pour la privatisation de France-Telécom, de la Poste. Et très prochainement les Français subiront les conséquences de la casse de la SNCF. D’ailleurs, onze ans après la privatisation d’EDF les opérateurs privés se bousculent pour se partager les morceaux d’EDF et d’Engie.

Permettre aux usagers de choisir entre le producteur-fournisseur historique qu’était EDF-GDF et de nouveaux prestataires dits alternatifs : telle était l’ambition affichée en 2007, à l’heure de finaliser l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence. À la clé, la promesse faite aux particuliers de profiter d’offres plus avantageuses. Le fait est, surtout, que le « budget énergie » de ces derniers intéressait plus d’un opérateur. Onze ans après la consécration de la vente à la découpe d’EDF et de GDF, les repreneurs sont légion à se partager les morceaux. Tour d’horizon.

Des concurrents, mais combien ? Côté producteurs, EDF et Engie (ex-GDF-Suez) restent les leaders du gaz et de l’électricité. L’allemand E.ON se place immédiatement en troisième position, entre autres grâce à l’acquisition, en 2008, de la Société nationale d’électricité et de thermique (Snet). À eux trois, ces groupes assurent 95 % de la production énergétique française. Les 5 % restants se disputent le gâteau des énergies renouvelables – Total et le canadien Boralex sur l’éolien, le groupe Neoen sur le solaire ou encore Unite sur l’hydraulique comptent parmi les principaux acteurs. Alors que l’on annonce la mise en vente de 150 barrages hydrauliques français, d’autres sont à l’affût, parmi lesquels l’allemand Vattenfall, l’espagnol Iberdrola, ou encore le norvégien Statkraft. Mais l’ouverture à la concurrence est surtout visible du côté des fournisseurs, c’est-à-dire des entreprises qui achètent l’énergie en gros afin de la revendre au détail aux particuliers. Elles sont près d’une trentaine à se disputer les faveurs des consommateurs. Là encore, EDF (publique à 84 %) et Engie (privée à 75 %), seules à pouvoir proposer des tarifs réglementés, continue de dominer le secteur. Cela dit, elles-mêmes ont mué en entreprises alternatives, EDF se mêlant désormais de fournir du gaz, Engie de l’électricité.

Le prix de l’électricité s’affiche en augmentation constante depuis 2007. Leur première concurrente n’est autre que Total. Le pétrolier français aura mis moins de trois ans à se hisser sur le podium, en rachetant le producteur belge Lampiris, en créant sa propre offre d’électricité verte, baptisée Total Spring, puis en mettant la main sur le fournisseur Direct énergie, détenteur de plus de 5 % des parts du marché de l’électricité. Tous les autres fournisseurs en détiennent quant à eux moins de 1 % (moins de 0,4 % en ce qui concerne le gaz). Bas tarifs, offres concurrentielles… si certains opérateurs privés parviennent à proposer des prix avantageux, ce n’est pas que leur énergie coûte moins cher que les autres, mais qu’ils profitent d’un cadre construit à la mesure de leurs ambitions. Créé en 2010 dans le cadre de la loi Nome, l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique impose ainsi à EDF de revendre à prix réglementés un quart de sa production électrique d’origine nucléaire à ses concurrents, et ce afin de « compenser son avantage compétitif ».

En 2017, les fournisseurs d’électricité ont mis en œuvre 604 000 coupures ou limitations de puissance à la suite d’impayés, soit comparativement à 2016, 8% de coupures de plus pour l’électricité et 25% pour le gaz.

Pour le reste, les principaux fournisseurs s’approvisionnent sur les marchés spots européens, lesquels proposent des achats immédiats à prix très volatils. Ils revendiquent également des structures allégées – centre d’appels et présence renforcée sur Internet plutôt que boutiques physiques. Et plus globalement, le prix de l’électricité s’affiche en augmentation constante depuis 2007. Télécommunication, transports, santé, réseaux autoroutiers, il n’existe pas un seul secteur victime de la privatisation qui puisse présenter un bilan positif pour l’usager devenu client-consommateur. Edf-Gdf fait malheureusement partie du lot et Macron compte y ajouter la privatisation des 150  barrages hydrauliques les plus importants de France. Une décision  lourde de conséquences, tant pour la bonne gestion du réseau électrique national et la facture du consommateur mais aussi  pour la sécurité.

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