Foot: les petits clubs doivent profiter de la victoire du mondial !

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Marée humaine (et amère)  sur les Champs-Élysées pour fêter les Bleus. Vaine tentative de récupération de Macron, toujours aussi bas dans les sondages…Mais après cette victoire, la question se pose du développement des clubs amateurs dont sort la grande majorité des vainqueurs de la Croatie. Mis en valeur par les Bleus, les petits clubs espèrent donc légitimement pouvoir bénéficier de la victoire du mondial. Car parallèlement à cette belle victoire on ne peut ignorer la baisse des financements publics pour le sport de proximité. D’autant que le montant de la prime que la Fédération française de foot va recevoir de la FIFA pour sa victoire s’élève à 32,6 millions d’euros ! Ministre des Sports quand la France a remporté sa première Coupe du monde, en 1998, la députée communiste Marie-George Buffet n’a rien lâché de son combat pour un sport vraiment pour tous. Elle livre son avis au lendemain de ce mondial.

Après le parcours des Bleus, les clubs de foot s'attendent à voir les inscriptions augmenter.

L’engouement populaire a grandi en même temps que le parcours des Bleus dans ce Mondial. La fraternité qui s’exprime au moment des matchs est-elle finalement une illusion ou un moment positif au-delà de la compétition ?

Marie-George Buffet : Des hommes, des femmes, des jeunes vivent ensemble au même moment du bonheur. Et ce bonheur partagé qu’offre le sport crée du rassemblement. C’est très positif. Mais il faut se donner les moyens pour que cela dure. Après 1998 et l’équipe « black, blanc, beur », on a rêvé, on a pensé que cela réglait les problèmes de discrimination. Et puis, il y a eu les émeutes de 2005. Les jeunes nous ont dit que rien n’était réglé. Bien sûr, cette fraternité est à saluer, mais ensuite les responsables politiques doivent faire leur boulot pour lutter contre les discriminations, les inégalités sociales et toute forme de racisme, de rejet.

L’autre versant, c’est le foot business, alors que les clubs amateurs tirent la sonnette d’alarme sur leur manque de moyens. Face à de tels enjeux financiers, comment faire vivre le sport pour tous ?

Marie-George Buffet : Avec la victoire, des milliers de petites filles et de petits garçons vont vouloir s’inscrire au foot, mais les clubs amateurs n’ont plus les moyens de les accueillir. Pour l’instant, le ministère des Sports dispose d’une ligne budgétaire d’environs 400 millions d’euros. Ce n’est rien : elle doit être multipliée par deux dans les six ans. Les communes doivent aussi avoir les moyens, par une dotation digne de ce nom, de réaliser les équipements sportifs nécessaires avec l’aide de l’État. Quant à l’encadrement, il y a bien sûr les bénévoles, mais on a aussi besoin d’emplois associatifs qualifiés. Or le gouvernement actuel a supprimé tous les contrats aidés dans le sport en juillet 2017. La deuxième piste passe par des états généraux avec le mouvement sportif. Évidemment, les clubs formateurs sont remboursés quand il y a des transferts, mais ce n’est pas suffisant dans des fédérations, comme celle du football, qui comptent d’importantes rentrées financières, notamment grâce aux droits télé. Une plus grande mutualisation doit être organisée. C’est ce que j’avais essayé de faire avec la taxe dite Buffet. Mais, cette année, le gouvernement l’a plafonnée, privant le CNDS (Centre national pour le développement du sport – NDLR) de moyens considérables. Au plan international, il s’agit de créer, pour une meilleure redistribution, une agence mondiale en charge de la transparence financière dans les fédérations et de l’attribution des grands événements sportifs. On a déjà montré qu’un tel projet est réaliste avec la très efficace Agence mondiale antidopage.

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Depuis que vous avez été ministre, quel regard portez-vous sur l’évolution de la place de l’argent dans ce monde ?

Marie-George Buffet : On est dans une bulle financière aujourd’hui. Et ce ne sont pas simplement des fonds privés anodins qui sont en jeu, mais souvent des fonds financiers d’État. Pourtant, de grands clubs historiques comme ceux de Lille ou de Lens sont en difficulté. Pourquoi ? Parce que le financement des clubs passe principalement par les droits télé – pour Lille, c’est 55 % – et par ces fonds financiers venus de l’étranger comme à Monaco, Marseille ou au PSG. Tout cela est très fragile. Le jour où le fonds se retire, où les droits télé baissent parce que les médias ne peuvent plus payer de telles sommes, tout s’écroule. Donc, il faut rebâtir le financement des clubs sur d’autres bases. Il serait, par exemple, étonnant que d’autres pays parviennent à avoir une participation des supporters au financement de leur club et pas la France !

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De très jeunes joueurs sont millionnaires. Leur popularité n’est-elle pas l’idéal pour qui voudrait voir les « jeunes Français avoir envie d’être milliardaires » ?

Marie-George Buffet : D’abord, je veux saluer le comportement des joueurs de l’équipe de France qui est très respectueux du collectif, du public et des supporters. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Bien évidemment, il faut un salaire maximal, réguler les montants dans les grands clubs. C’est aussi pour cela qu’une concertation est nécessaire. Et il faut, bien entendu, y parvenir au plan international. Ensuite, on doit donner à voir que si des joueurs arrivent à ce niveau, c’est parce que des bénévoles les ont accueillis dans des clubs créés par des municipalités avec les impôts locaux et l’aide du CNDF. Il faut aussi faire réfléchir les jeunes et casser cette idée que, la seule réussite, ce serait de devenir un joueur millionnaire. La réussite peut être tout simplement une bonne pratique du sport qu’on aime, tout en faisant des études, en exerçant le métier de son choix. C’est cela, le droit de chacun à vivre sa vie de façon épanouie.

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Pascal Boniface : « Un joueur est toujours l’ambassadeur de son pays »

Autre avis, celui de Pascal BONIFACE.  Au-delà des enjeux sportifs, la Coupe du monde draine des enjeux politiques. Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques est, certes, un grand spécialiste et militant de la cause palestinienne mais il est aussi l’auteur de plusieurs livres sur le football, nous détaille ces liens. Pour lire l’article, cliquez sur ce lien : https://www.humanite.fr/pascal-boniface-un-joueur-est-toujours-lambassadeur-de-son-pays-658085

 

 

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