BRÉSIL, UN AMIRAL DE LA HAINE AU POUVOIR

Le plus grand pays d’Amérique latine, dixième économie mondiale, le Brésil, vient allonger la trop longue liste des pays basculant dans le nationalisme d’extrême droite, trente ans après la fin de la dictature.

L’éditorial du 30 octobre 2018 de Patrick Le Hyaric, directeur du journal  l’Humanité

Bolsanaro, un chef autoritaire, sexiste, homophobe, raciste. Au Brésil les portes se ferment sur la démocratie et les libertés

Le politicien de troisième zone qui vient d’y être élu n’a pour ligne politique que la haine, l’apologie de la dictature, de la torture, du racisme, de l’homophobie et de la misogynie, jusqu’au meurtre, surtout pour « les rouges ». Derrière cette élection plane l’ombre de l’âme damnée de M. Trump, M. Bannon, qui sévit aussi depuis quelques mois en Europe. Cette élection ne profitera en rien aux pauvres des favelas de Rio, ni à la classe ouvrière, ni aux peuples indigènes, ni aux paysans sans terre, ni aux femmes, ni aux cadres. Il sera le président des grands secteurs de l’agrobusiness et des trafiquants de bois contre la biodiversité, des grandes firmes cotées en Bourse contre l’emploi, des évangélistes et des militaires, des milices privées et de certains grands médias. M. Trump trouve ici un nouvel allié de poids au cœur de l’Amérique latine contre l’accord de Paris sur le climat ou comme soutien à Israël et ennemi du Venezuela et de Cuba.

Ces derniers mois de campagne électorale ont accentué tous les maux de la crise qui taraude le Brésil. Et le refus de Bolsonaro de débattre avec le candidat du Parti des travailleurs, Fernando Haddad, n’a été que le révélateur non seulement de son inconsistance et de son incompétence mais surtout de son rejet foncier de l’essence même de la démocratie, qui implique la confrontation des idées et des projets. Son essor a pris racine dans la crise financière mondiale de 2008 puis dans cette crise politique amplifiée par le coup d’État parlementaire de 2016 contre Dilma Rousseff, qui avait eu le tort, selon les milieux patronaux, de convoquer une constituante et l’outrecuidance de vouloir réunir une commission nationale de vérité pour faire la lumière sur les violations des droits humains perpétrées par l’État sous la dictature. Celle que Bolsonaro défend justement. Ajoutons-y la récession économique, le désastreux gouvernement Temer et cette prétendue opération « mains propres » qui n’avait pour seul objectif que d’emprisonner Lula pour l’empêcher de se présenter à cette élection présidentielle contre l’avis de l’ONU. Ce fut la version brésilienne du « Hitler plutôt que le Front populaire ».

Ce nouveau coup de tonnerre dans la géopolitique mondiale risque de porter ses violents éclats jusqu’ici avec le rejet de l’accord climat, le soutien à la militarisation, l’amplification de la concurrence pour exporter encore plus de produits agricoles en Europe. Au-delà, le nouveau modèle d’indépendance des pays dits « émergents » des Brics risque d’être remis en cause. Et les dirigeants américains trouvent un nouvel allié pour créer les conditions de détruire tout projet de construction européenne alternative pour permettre aux puissances financières de leur pays de renforcer leur domination au cœur d’une crise économique inquiétant jusqu’à de nombreux cercles libéraux dans le monde. Le débat politique en Europe et dans notre pays doit se nourrir sérieusement de ce qui vient de se passer et aider à analyser sans œillères les raisons de cette déflagration nouvelle. Les démocrates, les travailleurs, les syndicalistes et tous les progressistes du Brésil vont avoir besoin sans attendre de notre vigilance et de notre solidarité pour empêcher l’apocalypse. Au-delà, notre responsabilité est immense pour contrecarrer cette nauséeuse vague brune qui s’étale ici et sur le monde entier.

Bolsonaro élu, l’extrême droite jubile !

L’élection de Jair Bolsonaro au Brésil a ravi les représentants de l’extrême droite et de la droite extrême sur toute la planète. Donald Trump aurait été le premier à appeler personnellement le nouveau dirigeant brésilien pour « le féliciter ». « Les deux hommes ont exprimé leur engagement fort à travailler ensemble pour améliorer la vie des habitants des États-Unis et du Brésil et, en tant que leaders régionaux, des Amériques », a fait savoir la Maison-Blanche. En Italie, le ministre de l’Intérieur d’extrême droite, Matteo Salvini, s’est ainsi enthousiasmé : « Au Brésil aussi les citoyens ont chassé la gauche ! Bon travail au président Bolsonaro, l’amitié entre nos peuples et nos gouvernements sera encore plus forte. » Le Transalpin ajoute qu’il va demander le renvoi en Italie du « terroriste rouge » Cesare Battisti, exilé au Brésil depuis 2004, où l’asile lui a été accordé en 2007. En France, Marine Le Pen a souhaité « bonne chance » à Bolsonaro et affirmé que « les Brésiliens viennent de sanctionner la corruption généralisée et la terrifiante criminalité qui ont prospéré sous les gouvernements d’extrême gauche ». Robert Ménard, proche du RN, n’est pas en reste et a déclaré que « le mythe du Brésil métissé et multiculturel vendu par nos médias prend un coup très dur ce soir. Le peuple brésilien a choisi la droite sans complexes ! ».

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