ÉLECTIONS DANS UNE AMÉRIQUE DE PLUS EN PLUS DIVISÉE

Les élections de mi-mandat se déroulent aujourd’hui.  Le président des États-Unis a joué la carte du nationalisme blanc. Les démocrates ont évité le piège de l’antitrumpisme pour avancer des propositions ­progressistes. Au cœur du tumulte : le contrôle de la Chambre des représentants, que l’opposition veut reprendre aux républicains.

Le choix est clair. À droite : l’immigration. À gauche : le droit à une couverture santé universelle. Les derniers jours de campagne ont tourné autour de ces deux problématiques, dont chaque camp pense qu’elle est la plus à même de mobiliser son électorat. Dans le cadre d’une élection de mi-mandat, traditionnellement marquée par une très forte abstention (64 % en 2014), la stratégie des deux grands partis est limpide : convaincre ses propres électeurs d’aller voter plutôt que de tenter de convaincre les électeurs opposés de changer d’avis.

Le choix des thèmes en dit long sur l’état de la polarisation politique. Sous la houlette de Donald Trump, le Parti ­républicain (fondé, faut-il le rappeler, par Abraham Lincoln) creuse un sillon nativiste. Il a tenté d’instrumentaliser la « caravane des migrants » partie du Honduras, envoyant même 15 000 soldats à la frontière (plus qu’en Afghanistan), comme si une vague migratoire allait déferler sur les États-Unis. Une vingtaine d’enquêtes réalisées depuis 2016 ont montré que, en dernier ressort, l’opposition à l’immigration, liée à un sentiment de dépossession de son propre pays par une frange non négligeable de l’électorat blanc, constitue le ciment du bloc électoral trumpiste. Trump veut bien prendre le risque de perdre quelques républicains modérés si cela lui permet de galvaniser et mobiliser ceux qui l’ont fait roi en 2016.

Chez les démocrates, la tentation de faire de l’antitrumpisme le carburant de la campagne a été finalement écartée, sous la pression de l’aile pro-Sanders qui a poussé en faveur d’une « substance » politique, incarnée par le droit à la santé. L’Obamacare est considéré comme un acquis par une majorité de la population, qui n’en reste pas moins consciente de ses lacunes. Lors de la campagne des primaires démocrates, Bernie Sanders avait proposé de considérer la santé comme un droit (conception rare aux États-Unis jusqu’ici) et d’étendre le programme Medicare (créé en 1965 pour couvrir les plus démunis) à l’ensemble de la population. Hillary Clinton et l’establishment démocrate avaient repoussé cette proposition. Deux ans plus tard, l’immense majorité des candidats démocrates mènent non seulement campagne pour le Medicare for all, mais en font un argument essentiel. D’une phrase, Barack Obama a récemment adoubé la mesure. Les sondages montrent que cette dernière est populaire, y compris chez les électeurs républicains.

À l’instar de l’élection présidentielle qui se décide dans les « swing states », le sort de la législative se joue dans un nombre restreint de circonscriptions : environ 75 sur les 435 que compte le pays. Dans une Amérique de plus en plus divisée (sociologiquement, idéologiquement, électoralement et résidentiellement), on connaît l’issue dans près des quatre cinquièmes des congressionnal districts. Les démocrates doivent faire basculer 23 sièges afin de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants, perdue en 2010, et bloquer ainsi la mise en œuvre du programme républicain. Cette année, les élections pour les gouverneurs s’annoncent d’une importance presque égale. Dans tout le midwest, que Trump a fait basculer dans son escarcelle, et en Floride et Géorgie (où se présentent, côté démocrate, deux élus africains-américains pro-Sanders), les sortants républicains sont menacés. Si les démocrates devaient l’emporter, ils se trouveraient aux commandes de l’organisation de l’élection présidentielle en 2020, en mettant notamment fin à la purge massive des listes électorales à laquelle se livre le Grand Old Party depuis près d’une décennie.

 

 

 

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