DES MESURES, TROP TARD, TROP PEU ET A COTE DE LA PLAQUE !

Rien sur la CSG, rien sur les pensions de retraite, rien sur le niveau de vie, rien sur l’ISF…Pour la CGT et les Gilets jaunes les annonces du premier ministre sont loin du compte. Elles ne parviendront pas à éteindre la colère sociale. Mais elles montrent que, si le mouvement social s’amplifie, il peut gagner. Entretien avec Fabrice Angéi, secrétaire confédéral de la CGT.

 

Que pensez-vous des annonces du premier ministre ?

Fabrice Angéi :  Déjà, un moratoire de six mois, seulement, sur le prix du carburant, comme sur le contrôle technique, ce n’est pas un retrait. Quant au gel de l’augmentation du tarif du gaz et de l’électricité, qui doit augmenter de près de 10 % en 2019, c’est une promesse de Gascon. Le gouvernement omet de préciser que cela ne concerne que les tarifs réglementés et que la loi Pacte, en cours d’examen final et votée définitivement au début du printemps, mettra fin à ces tarifs réglementés. C’est le même tour de passe-passe pour le Smic. On pourrait croire à première vue à un coup de pouce, mais l’augmentation sera en réalité de moins de 2 %, à peine l’inflation, auxquels le gouvernement ajoute les effets de la hausse de la prime d’activité déjà prévue. En résumé, c’est trop tard, trop peu et à côté de la plaque.

Ne peut-on rien y voir de positif ?

Fabrice Angéi : Si ces annonces sont vraiment très loin du compte, elles montrent tout de même que le mouvement social, s’il s’amplifie, peut faire reculer le ­gouvernement. Mais il ne le fait qu’à minima et tente de se dérober. Il faut aller encore plus loin sur cette question des fins de mois difficiles. D’autant que le premier ministre n’a rien annoncé pour les retraites ou les prestations sociales. Le gouvernement prévoit toujours par exemple de minorer l’augmentation de l’APL et de réduire le nombre de bénéficiaires. On va demander la tenue d’assemblées générales dans toutes les entreprises et administrations, pour créer des actions là où c’est possible, notamment en prévision d’une journée de grève, le 14 décembre. On devrait avoir ce jour-là une réunion de la Commission nationale de la négociation collective, où la CGT entend porter son exigence d’une augmentation de 300 euros du Smic, et amener à des négociations de branche sur les salaires.

Édouard Philippe a débuté en disant : « Si les impôts baissent, il faudra que les dépenses baissent. » C’est une posture idéologique ?

Fabrice Angéi : Je lui dis chiche ! Qu’on revienne sur les cadeaux accordés aux premiers de cordée, à commencer par la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice), qui revient à 40 milliards d’euros cette année. Il faut aussi rappeler que toutes les exonérations des entreprises pèsent 200 milliards par an. Alors d’accord pour baisser les dépenses, si cela revient à arrêter l’assistanat pour les patrons. On ne parle pas là des artisans ou des PME, car ceux qui profitent de ces optimisations fiscales, ce sont les grandes, particulièrement celles du CAC 40.

 

Et pendant ce temps, les petits marquis du macronisme creusent l’injustice sociale

Interdiction de la fessée mais caution au matraquage aveugle des Gilets jaunes, refus du rétablissement de l’ISF, poursuite de la politique antisociale, augmentation des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux plus fortunés, vote du plan pluriannuel de dizaines de milliards d’euros d’armement…Voilà un échantillon de la panoplie du parfait député godillot !

Les maigres annonces d’Édouard Philippe ne suffiront pas. D’autant que le projet de loi de finances – PLF 2019, a été adopté par l’Assemblée nationale par les députés godillots de Macron, petits marquis du souverain, dont Fiona Lazaar, qui reste fidèle au cap gouvernemental.  La revalorisation des pensions de retraite et des prestations sociales demeure fixée à 0,3 % en 2019 et 2020 pour une inflation estimée à 1,3 %. La hausse générale de la CSG de 1,7 % est maintenue, tout comme la baisse des APL via un nouveau mode de calcul. Par ailleurs, le Cice devient une baisse pérenne de cotisations patronales, l’impôt sur les sociétés est progressivement abaissé et, malgré l’insistance des élus progressistes, le rétablissement de l’ISF n’est pas à l’ordre du jour. Dans les rangs de LREM, l’allégeance au monarque reste de vigueur !

 

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