LETTRE DE MACRON : LE TRIVIAL POURSUIT ÉLYSÉEN

Le gouvernement n’a pas réussi à mater le mouvement des gilets jaunes. Ni à le décourager. Ni à la rendre impopulaire. Reste le grand débat, dont beaucoup de gilets jaunes, de syndicalistes, d’élus et partis de gauche pressentaient qu’il serait une manœuvre de plus. C’en est une. La lettre du chef de l’État aux Français, une tribune que les journaux ont été invités à publier, ne peut être reçue que comme une provocation.

Après son dernier assaut de mépris vendredi contre ceux qui voudraient tout « obtenir sans effort », Emmanuel Macron récidive, cette fois en prenant la plume, arguant que « la société que nous voulons » est celle de la réussite « par l’effort et le travail ». Pas un mot sur les salaires, le pouvoir d’achat, le chômage, mais l’affirmation qu’il ne rétablira pas l’ISF. Comble de l’affront, il invite les citoyens à choisir les services publics qu’il faudrait supprimer en échange d’une baisse d’impôts. À croire que l’exécutif n’a toujours pas compris l’ampleur de la révolte, une fronde des pauvres contre les riches, de gens contraints à toute une vie d’efforts contre ceux qui pillent le produit de leur travail.

Les revendications sont pourtant sur la table, partout sur les ronds-points, dans les cahiers de doléances. Justice sociale et parole au peuple… D’une certaine façon, tout est déjà dit. Mais « l’inédit surgit, qu’on le veuille ou non, dans la multiplicité des répétitions », disait le philosophe Jacques Derrida. Face à un grand débat qui va rester lettre morte, l’acte X est déjà en préparation.  «Pour moi, il n’y a pas de questions interdites », prévient Emmanuel Macron dans les premières lignes de sa lettre aux 66 millions de Français, publiée aujourd’hui. « Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir », écrit-il encore pour lancer le grand débat national qui doit durer jusqu’au 15 mars prochain. Pas sûr toutefois que la suite de sa lettre donne envie, comme il l’espère, « que le plus grand nombre de Français » participent à ce grand débat.

Les thèmes retenus, d’apparence larges, ont été remaniés. Outre la fiscalité, l’environnement et l’enjeu démocratique, déjà annoncés, le thème du pouvoir d’achat n’apparaît plus comme un sujet. Il a tout simplement disparu de cette longue missive. Et quand cette question est abordée, ce n’est qu’au travers des baisses d’impôts. Pour ceux qui n’avaient pas compris le message, il précise : « Nous ne pouvons, quoi qu’il en soit, poursuivre les baisses d’impôts sans baisser le niveau global de notre dépense publique. » Il poursuit : « Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? » Ceux qui seraient tentés d’évoquer les besoins nouveaux de services publics, ils sont priés de dire « comment les financer ». En vérité, c’est une lettre qui marque la volonté d’enfermer les échanges et de les caler sur l’agenda politique des tenants du pouvoir. Elle ne va pas faire illusion très longtemps. « Un grand débat où c’est eux qui choisissent les thèmes ? Ils se foutent de nous ! Avec des gens comme ça on ne débat pas, il faut leur imposer nos idées, qu’ils n’aient plus le choix », expliquait Adrien, un gilet jaune de 38 ans. Un bon résumé !

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s