GRAND DÉBAT = OPÉRATION IDÉOLOGIQUE DE 12 MILLIONS D’EUROS

« Je ne sens pas de colère dans le pays », déclarait le Président de la République le 15 mars 2018. Force est de constater que cette déclaration a été largement démentie depuis par les événements, les manifestations, contre lesquels les seules réponses du gouvernement ont été la répression, les violences policières et une loi anti-manifestations. Loi qui vient d’être retoquée par le Conseil constitutionnel, infligeant ainsi un camouflet aux députés de La République en marche, au ministre de l’Intérieur, et au gouvernement dans son ensemble et bien sûr aussi au président des riches et des très riches. Seule réponse à cette colère nationale qui dure toujours : le pouvoir décrète le grand débat national.  Aujourd’hui, place à la restitution. Après deux mois de consultation partout en France et sur Internet, l’heure est à la synthèse. Mais pas besoin d’être devin pour savoir ce qu’il en sortira.

Au cours d’une matinée organisée sous la nef du Grand Palais, Édouard Philippe va lancer la phase de clôture de ce grand débat national annoncé le 10 décembre par Emmanuel Macron en plein mouvement des gilets jaunes. C’est le chef de l’État qui, in fine, en tirera à Pâques les conclusions de cet événement qui aura coûté la bagatelle de 12 millions d’euros sans compter le coût des déplacements présidentiels. L’ensemble des données sera ensuite mis à disposition de tout le monde “Tout sera disponible début mai”, promet le gouvernement, assurant que les deux tiers des contributions le seront dès ce lundi midi. Voilà la réponse à ceux, très nombreux, qui doutent de la restitution impartiale du grand débat. Le baromètre YouGov publié jeudi par Le HuffPost montre que seulement 27% font confiance au gouvernement sur ce point.

1 932 884 contributions. 10 452 réunions locales. 16 000 cahiers citoyens… Des chiffres qui claquent, arborés fièrement par la majorité pour tenter de donner du crédit à ce « grand débat national » qui ressemble plus à une communication présidentielle payée à grands frais par les contribuables,  une rampe de lancement pour les élections européennes où la liste présidentielle préfère se présenter sous l’étiquette « renaissance » que lREM. Alors, quelles conclusions en tirera Emmanuel Macron ? La semaine dernière, le chef de l’État a indiqué que ses choix ne seraient « ni un reniement de ce qui a été fait, ni un entêtement ». Hier, les deux ministres référents du grand débat, Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu, n’ont rien trouvé de mieux que d’annoncer qu’il n’y avait pas « unanimité » des Français sur tous les sujets, « y compris sur les totems » tels l’ISF ou le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Le scoop… Comme si une décision politique devait attendre l’« unanimité » de l’opinion.

Si l’exécutif refuse de rétablir l’ISF, il pourrait consentir à un « geste », avec la ré-indexation des retraites sur l’inflation. L’instauration d’une TVA à 0 % sur les produits de première nécessité est également évoquée. Mais rien qui ne renverse la table d’un quinquennat, dont les deux premières années ont profité aux 5 % de Français les plus riches. Pourtant, Sibeth Ndiaye, la nouvelle porte-parole bla-bla du gouvernement l’assurait hier : « Après ce grand débat, rien ne sera comme avant ». Sûrement puisque  tout sera comme maintenant. Le gouvernement entend en effet poursuivre sa politique régressive avec des projets de loi, présentés en conseil des ministres ou déjà votés au Parlement, sur la santé, l’éducation, les mobilités, la fonction publique, les retraites. Une opération idéologique et politique de grande ampleur a été lancée ces derniers jours en mixant le dossier de la réforme des retraites à celui de la dépendance. Le pouvoir en place sait parfaitement que la politisation qui grandit dans la société, sous différentes formes, sur les enjeux sociaux, climatiques et démocratiques conteste radicalement l’orientation de la politique actuelle.

« Nous avons, en revanche, la responsabilité d’apporter aujourd’hui et demain des solutions aux difficultés exprimées par nos concitoyens » proclame la député macroniste d’Argenteuil, F.Lazaar, à l’Assemblée Nationale. CHICHE !!.

Mercredi 3 avril, l’une des députées les plus macronistes , Fiona Lazaar, a déclaré «  La mobilisation importante des derniers mois, (…) a pris racine dans des revendications légitimes et sincères. Dans leur diversité, et parfois leurs contradictions, elles ont mis à jour des fractures sociales, territoriales et institutionnelles profondes. Elles ont fait ressurgir des malaises anciens qui, pour beaucoup, étaient tus, par résignation ou par impuissance. L’ambition du grand débat est bien de faire émerger des revendications citoyennes, pour trouver des solutions aux fractures qui minent notre pays. Aujourd’hui doit s’ouvrir un temps III : après celui de la mobilisation et celui du grand débat, doit venir le temps des solutions ». La députée d’Argenteuil devrait donc,  comme à son habitude, nous décevoir. Car sur le volet relatif à la démocratie et à la citoyenneté, sujet sur lequel elle s’est épanchée à l’Assemblée nationale, dans un discours on ne peut plus démagogique, la députée de droite d’Argenteuil a oublié un élément : le libéralisme effréné qu’elle défend depuis le début de la législature s’accorde mal avec l’exercice direct de la démocratie.

Pour preuve l’esprit des ordonnances, qui nuit gravement à la santé de la démocratie parlementaire. Son président des riches et des très riches en fait un usage immodéré pour éviter que le débat ne prospère tant à l’Assemblée nationale et au-delà, ne vienne contrecarrer ses buts et ralentir ses plans. Ce quinquennat confirme que le libéralisme musclé et l’absence de démocratie sont l’épine dorsale du projet politique de LREM. Ce que nos concitoyens attendent d’une République, c’est une République qui prend soin, protège, écoute et partage. Et non pas qui insulte, méprise, matraque, divise et exclue ! Il est à parier que le « Grand Débat » n’aura été en fait qu’une discussion de salon entre gens de la Cour.

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