L’ÎLE-DE-FRANCE : UN SOMMET D’INÉGALITÉS

Une ville-capitale de plus en plus riche, dans une région qui se paupérise : l’Ile-de-France est le territoire le plus inégalitaire de France. C’est ce que démontre  une étude menée par  l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) et intitulée « Gentrification (*) et paupérisation au cœur de l’Ile-de-France ».  Cette enquête souligne les inégalités croissantes dans cette région qui abrite 12 millions d’habitants (18,8% de la population) et produit près d’un tiers de la richesse du pays.

* La gentrification : c’est un phénomène social qui se caractérise par la transformation des habitants d’un quartier dont la catégorie sociale augmente. En d’autres termes, la gentrification voit le profil social d’un lieu se modifie, s’embourgeoiser…

Certes l’Île-de-France produit 30,5 % des richesses nationales pour seulement 22,3 % de la population, mais elle est aussi le lieu où se concentrent les habitants les plus riches et les plus pauvres du pays. Un sommet d’inégalités. Le niveau de vie des ménages en haut de l’échelle y est supérieur de 23 % à la moyenne nationale de cette catégorie, tandis que celui des Franciliens les plus modestes y est plus faible de 4,7 %. Ce constat sans appel est au cœur d’un rapport retentissant, rendu public hier par l’agence régionale d’urbanisme et de l’environnement d’Île-de-France (IAU). « Depuis le début des années 2000, souligne l’organisme, tous les indicateurs attestent d’une hausse des inégalités dans la région. »

 L’IAU évoque « une forte polarisation entre espaces très aisés et très pauvres ». D’un côté, Paris et le département des Hauts-de-Seine, mais aussi les Yvelines et une partie de l’Essonne, qui regroupent cadres et hauts revenus. De l’autre, la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de la région, mais aussi des communes à l’ouest du Val-de-Marne et au nord-est de l’Essonne.  À elles seules, 26 communes, dont 17 arrondissements de Paris, regroupent la moitié des ménages les plus riches. Pis, cette concentration des extrêmes n’a fait que s’accroître ces dernières années. Surtout dans la partie la plus pauvre du territoire. En 2001, le tiers le moins riche des habitants y représentait 56,3 % de la population, contre 62 % en 2015. La part des cadres, en revanche, y stagne alors qu’elle augmente de 6,7 points à l’échelle régionale. Dans 44 communes parmi les plus pauvres, où vivent 15 % des Franciliens, le revenu médian a encore reculé durant cette période.

À l’inverse, des quartiers autrefois pauvres et proches de la capitale sont, eux, touchés par la gentrification : les arrondissements du nord-est de Paris et certaines communes de banlieue ou le long de la Marne (Les Lilas, Colombes, Malakoff, Maisons-Alfort, etc.). Dans ces zones, « la part des cadres parmi les nouveaux arrivants est nettement plus élevée que celle des résidents », note le rapport. Cette évolution se traduit par une hausse des prix de l’immobilier, et surtout des loyers, accentuant l’exclusion des catégories modestes et la disparité entre quartiers. On voit ainsi apparaître au sein d’une même commune des îlots embourgeoisés aux prix élevés, dont les nouveaux habitants appartiennent aux classes supérieures, jouxtant des quartiers de logements sociaux où se concentre une population très précaire. Ce phénomène peut faire reculer le niveau moyen de pauvreté dans ces communes, sauf dans celles qui possèdent un vaste parc social (Pantin, Bagnolet, Montreuil ou Saint-Ouen, etc.).

La composition du parc immobilier explique en grande partie ces disparités territoriales. « L’évolution de la propriété entre 2001 et 2015 participe d’une accentuation des disparités sociales puisque la part de propriétaires augmente davantage dans les secteurs aisés », note l’IAU. Sans surprise, avec des prix de l’immobilier qui ont triplé entre 1999 et 2018, l’écart de revenus s’est accru entre ménages propriétaire et locataires, notamment des HLM. La part des ménages logés dans le parc social a aussi augmenté dans les secteurs plus aisés d’Île-de-France. Pour autant, il ne s’agit pas nécessairement de familles modestes. Dans la région, 47 % des logements sociaux mis en service entre 2000 et 2016 appartiennent aux deux catégories les plus chères des HLM, celles qui proposent des tarifs à peine moins onéreux que ceux du privé. Une technique largement utilisée par les communes riches pour contourner les obligations de construction de logements sociaux contenues dans la loi SRU, dont l’objectif est, justement, de rééquilibrer les inégalités territoriales…

Des secteurs moins aisés se sont aussi embourgeoisés depuis le début des années 2000, au nord est de Paris (surtout le XVIIIe arrondissement), Colombes (92), Malakoff, Maisons-Alfort (94) ou Les Lilas (93) avec une baisse de la pauvreté. En revanche sur Arcueil, Cachan, Le Kremlin-Bicêtre et Fontenay sous-Bois (94), la pauvreté n’a pas baissé. A Pantin, Bagnolet, Romainville, Le Pré-Saint-Gervais (93), Bagneux (92), Villejuif (94), les indicateurs pointent même une paupérisation.

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