AFFAIRE TAPIE, « SELON QUE VOUS SEREZ PUISSANT OU MISÉRABLE… 

…les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », La Fontaine a donc encore raison ! Sauf que cette fois ce ne sont pas « Les Animaux malades de la peste » mais notre justice. L’homme d’affaires et les cinq autres prévenus sont relaxés dans le volet pénal de l’arbitrage contesté pour la vente d’Adidas par le Crédit lyonnais. Manque de preuves, pour le tribunal, alors qu’au printemps le procès prouvait l’activisme tous azimuts de Tapie.

On pourrait discourir indéfiniment sur le chanteur, le ministre de Mitterrand, le patron de presse, le président de club de football, le bouclier autoproclamé à l’extrême droite, le repreneur de sociétés en faillite, ou même le grand comédien et pour finir le soutien à Macron. Mais l’homme Tapie, qui s’étale sans pudeur à la une des magazines people avant chaque échéance judiciaire et tente de faire pleurer sur son infortune supposée, ne nous intéresse guère, en réalité. Ce qu’il révèle de notre démocratie, beaucoup plus. Ainsi, donc, faute de preuves suffisantes, le tribunal correctionnel a relaxé hier Bernard Tapie dans la tentaculaire affaire de l’arbitrage controversé qui lui avait octroyé 403 millions d’euros en 2008. Mais le mauvais feuilleton est loin d’être terminé. D’abord parce que l’homme d’affaires doit toujours rembourser ce magot, en dépit des entraves à la justice révélées dans la presse. Et puis le parquet peut toujours faire appel, d’autant qu’il y a cinq ans d’autres juges avaient conclu au caractère frauduleux de l’arbitrage.

« Selon que vous serez puissant ou misérable… » Comment, après cela, s’étonner du poison du « tous pourris » qui déroule le tapis rouge au populisme le plus dangereux ?

Si cette affaire illustre dramatiquement les liens incestueux entre la sphère politique et les milieux d’affaires, elle dévoile aussi les failles d’une justice dont l’indépendance est trop souvent entravée. Car si cet indécent détournement d’argent public a pu être réalisé, c’est d’abord parce qu’un tribunal privé a été convié pour avantager Bernard Tapie, au détriment de l’intérêt général. C’est aussi dans une autre juridiction d’exception, la Cour de justice de la République (Macron s’était engagé à la supprimer), que l’ex-ministre Christine Lagarde, fraîchement élue à la tête de la BCE, avait été reconnue coupable… mais pas condamnée. « Selon que vous serez puissant ou misérable… » Comment, après cela, s’étonner du poison du « tous pourris » qui déroule le tapis rouge au populisme le plus dangereux ? Parmi ses faits d’armes, Tapie avait osé se faire le porte-voix des gilets jaunes. Odieux cynisme. D’autant qu’eux, avec plus de 2 000 condamnations, la justice ne les a pas épargnés…

QUARANTE ANS DE DÉMÊLÉS JUDICIAIRES

C’est depuis les années 1980 que Bernard Tapie connaît des démêlés avec la justice, qui lui ont valu plusieurs condamnations et même de la prison ferme. Outre l’affaire Adidas, il y eut celle dite des « châteaux de Bokassa », rachetés une bouchée de pain quand l’ex-dictateur craint une saisie de ses demeures en France. Un jugement du tribunal d’Abidjan a annulé leur vente. En 1996, il est condamné pour « abus de biens sociaux » aux dépens de la société Testut dont il a été PDG. Dans l’affaire des comptes de l’OM, il est poursuivi pour faux, usage et recel de faux, complicité et recel d’abus de confiance et de biens sociaux. Il est condamné en 1997, puis 2005 pour sous-facturation et fraude fiscale autour de son yacht le Phocea. Il obtient la confusion de cette peine avec celle de l’affaire du match truqué VA-OM. Après 165 jours de prison, il obtient une libération conditionnelle.

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