ABUS DE TOLÉRANCE CHEZ LREM

Ce qui n’est pas expressément interdit est autorisé. Grâce aux rapports commandés et dictés par deux amis politiques de l’ex-ministre de l’écologie macroniste,  le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, d’un côté et le chef du gouvernement, Édouard Philippe, de l’autre, ce qui était déjà une règle non officiel dans les rangs de LREM, le devient.

Un pan des affaires Rugy a peut-être trouvé sa conclusion officielle avec le résultat des enquêtes du gouvernement et de l’Assemblée nationale – un autre volet, sans doute le plus sensible, portant sur l’usage de l’indemnité parlementaire, n’était pas concerné par ces investigations destinées à blanchir un ministre pris les mains dans le cambouis. Mais les questions sur une certaine pratique de la politique s’en trouvent, elles, renforcées. D’abord, par la nature des enquêtes. Émanant des instances desquelles François de Rugy tirait, il y a peu, son pouvoir, elles ont été conduites sous la responsabilité directe de ses amis politiques – le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, d’un côté ; le chef du gouvernement, Édouard Philippe, de l’autre. Cela les entache d’un irrémédiable soupçon de partialité.

Le critère de l’indépendance du pouvoir d’enquête est ici foulé aux pieds, et chacun sait, sans avoir besoin de remonter à Montesquieu, que sans indépendance il n’y a pas de vraie liberté. Mais admettons. Admettons que les dîners fastueux réglés sur argent public du couple Rugy puissent être qualifiés de « professionnels », selon l’enquête du Palais-Bourbon. Cela ne change pas le goût – ni le coût – du homard, mais alors, où passe la frontière, chez les Rugy, entre l’amitié et le lien « professionnel » – un mot qui sonne toujours étrangement, s’agissant d’une fonction élective. Les deux se confondent, à en croire l’épouse de l’ex-président de l’Assemblée, qui ne voyait aucun problème à confesser, il y a peu, des gueuletons relevant du « cercle amical » sans être « privés ». Elle a eu ce mot pour désigner cet entremêlement : c’était du « relationnel ». Ça marche pour tout, le « relationnel » .  Les amis, la famille, la politique, les crustacés… Cela n’enfreint peut-être aucune règle écrite. Et, après tout, ce qui n’est pas expressément interdit est autorisé. Mais c’est bien l’abus de cette tolérance qui scandalise. La décence n’est pas (encore) une obligation légale au sein de la planète Macronie. Mais elle est pourtant un impératif politique pour qui veut mériter de se voir confier les affaires publiques.

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