Une locataire-militante CNL parmi d’autres…

Jusqu’au 15 décembre, se tiendra un évènement important pour la défense des droits des locataires du parc de logement social : l’élection de leurs représentants au Conseil d’administration des bailleurs pour quatre ans. La CNL est la principale et la plus influente des associations de locataires. L’Humanité du 27 novembre publie le portrait d’une des nombreuses militantes de cette association. À Ivry-sur-Seine, cette militante se bat pour faire voter les habitants aux élections HLM. Un enjeu démocratique passé sous silence.

Près de 10 millions de citoyens sont appelés aux urnes jusqu’au 15 décembre. Les habitants de tous les HLM de France sont invités à élire leurs représentants. Une élection unique où les locataires, qu’ils soient français ou étranger, peuvent voter pour exprimer les attentes sur leur logement et leur cadre de vie. Il n’y a pourtant pas de reportages au 20 Heures, ni de campagnes officielles dans les radios nationales. Cet enjeu démocratique majeur est complètement passé sous silence. Les associations de locataires sont les seules à faire le travail d’information. Isabel de Bary fait partie de ces militants qui, dans l’ombre, frappent aux portes pour augmenter la participation citoyenne. Le week-end dernier, elle organisait aussi, avec ses camarades de la Confédération nationale du Logement (CNL) d’Ivry, une réunion publique sur l’impact de la réforme territoriale sur le logement social. « Pour la première fois, nous menons une campagne sans savoir si nous irons au bout de notre mandat », explique cette vice-présidente de la CNL locale, candidate aux élections. La loi Alur a en effet imposé le rattachement des offices municipaux aux intercommunalités, et donc à la future métropole du Grand Paris. Avec le risque d’entraîner une concentration des offices municipaux. « Aujourd’hui, nous sommes dix représentants de locataires pour 6 400 logements. Si les organismes municipaux disparaissent, qui va représenter les habitants des 300 000 logements sociaux de la métropole ? » interroge Isabel de Bary.

electionVote« Nous sommes des piliers 
de la démocratie »

Discuter quelques minutes avec elle suffit pour comprendre l’intérêt de garder des organismes de proximité. « Nous, les représentants des locataires CNL, nous sommes des piliers de la démocratie dans les quartiers.En plus de veiller au prix des loyers, d’effectuer des contrôles de charges, de faire des comptes-rendus des réunions, nous fabriquons au quotidien du lien social, de la solidarité. » Avec son amicale des locataires, elle a pour projet d’organiser une rencontre autour du jardinage au pied de son immeuble de la place Voltaire, où de nombreux locataires jouissent de grandes terrasses en quinconce. Par le passé, elle avait été fortement impliquée par l’organisation d’actions culturelles dans son quartier. « Il y avait beaucoup de public, d’artistes, mais assez peu les habitants. Il manquait quelque chose », se souvient Isabel. Qui aime rappeler « qu’il n’y a pas de HLM sans mobilisation des habitants ». La dépolitisation actuelle n’épargne pas la CNL et ses militants. « Beaucoup de locataires nous prennent pour des gardiens d’immeuble. Mais nous ne sommes que des porte-parole, des habitants comme les autres. » Quand un locataire vient la voir pour une question de chauffage, il comprend vite que « l’on règle bien plus vite le problème en organisant une délégation à 50 chez le bailleur ou par une pétition collective qu’en agissant seul ». Et qu’il est préférable de partager ses problèmes avec ses voisins. « Je résous 80 % des conflits de nuisances sonores en demandant à celui qui se plaint de taper à la porte d’à côté. ».

ob_c73f72_cnl-ugine-election-oph-ugine-09-12-14Il faut  assurer un contrôle des charges locatives.  

Pour repolitiser les habitants, il faut aussi « reglobaliser les sujets ». Et il est facile de mobiliser autour des questions liées à l’habitat, qui fait le lien « entre les problèmes individuels, intimes et des enjeux politiques plus vastes : comment l’on construit le droit à la ville, par exemple ». Les sujets ne manquent pas, à Ivry. « Avec le projet Confluence, nous voyons de nouveaux bailleurs arriver, comme Paris habitat mais aussi des sociétés HLM de statut privé, comme Immobilière 3F. Leurs modes de gestion diffèrent sensiblement des offices publics. » La livraison des logements révèle souvent des défauts de fabrication et des contentieux possible. Les nouveaux HLM sont aussi les plus chers. Un problème local directement lié aux politiques nationales. Plutôt que d’augmenter l’aide à la pierre, le gouvernement a exigé aux organismes de mobiliser leurs fonds propres pour construire, rapporte la militante de la CNL. « Pour la première fois, cette année, les bailleurs sociaux vont financer les constructions et les rénovations à un niveau supérieur au financement que leur alloue l’État dans ce but. » Il faut aussi assurer un contrôle des charges locatives. « Il y a quelques années, elles ne représentaient que 10 % de la quittance. Aujourd’hui, elles représentent 30 %, rappelle Isabel du Bary. Si l’on ne se bat pas, le niveau des charges va bientôt dépasser le prix des loyers. » Le rapport de force fonctionne. À Ivry, où la CNL est présente dans tous les quartiers, l’office municipal maintient une péréquation des charges de chauffage, réparties sur l’ensemble de son patrimoine. Le prix du mètre carré chauffé est donc le même dans toutes les cités. Locataires et élus résistent ainsi à la Miilos, organe de contrôle des HLM, qui pousse à une facturation en fonction de la consommation, mesure qui pénalise les habitants des vieux HLM, mal isolés. Isabel et ses camarades ont bien d’autres revendications. Ils alertent aussi sur la loi Lamy, qui va réaffecter les fonds de la politique de la ville vers de nouveaux territoires peu peuplés, « au risque de délaisser les zones où vivent déjà des millions de locataires ». Mais aussi les choix du gouvernement de ne revenir sur aucun point de la loi Boutin, et de donner plus d’argent aux promoteurs et aux propriétaires qu’au logement public. « Évidemment, conclut Isabel de Bary, aucun de nos dirigeants n’a intérêt de rendre publiques toutes ces informations. En parler, c’est déjà montrer leur insuffisance. »

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