Claude Cabanes, un combattant de plume

Dans chaque numéro du journal L’Humanité où il avait glissé sa prose, on sortait de la lecture de son édito ou de son article avec la conviction que cet homme-là ne vivait que pour la défense de ses idéaux. Claude Cabanes, ancien rédacteur en chef du quotidien communiste « L’Humanité » de 1984 à 2000, est mort ce mardi matin, à l’âge de 79 ans, des suites d’un cancer. Qu’on partageât ses opinions ou pas, Claude Cabanes forçait le respect pour la qualité de sa rhétorique. Un maître en la matière. Homme de grande culture, il frappait son contradicteur avec la puissance d’un boxeur, mais toujours avec style, élégance et respect.
Ses écrits resteront parmi les meilleurs dans l’histoire de son journal, mon journal,  aux côtés de ceux d’Aragon, de Paul Nizan, de Paul Vaillant-Couturier ou de René Andrieu. La vie politique était son quotidien, mais la littérature était son jardin. Sous sa plume ou dans sa voix chaude, les deux se côtoyaient presque toujours pour que les idées volent à haute altitude, rebondissant d’une référence à une autre.

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Ses contradicteurs ou opposants le respectaient et l’estimaient, même après de passionnées et animées joutes oratoires. C’était le cas avec d’autres éditorialistes, chaque semaine à RTL, où il aimait aller “refaire le monde”

Comme le souligne si justement mon ami Patrick Le Hyaric, dans l’Humanité d’aujourd’hui « La plupart d’entre eux lui reconnaissaient sa culture, sa sensibilité, son esprit critique et son ouverture. C’est sans doute pour cela, à un moment où l’Humanité faisait sa mue, passant d’organe central du Parti communiste à journal communiste, qu’il fut choisi pour succéder à René Andrieu à la responsabilité de rédacteur en chef au printemps 1984, après avoir officié aux rubriques culture et politique de l’Humanité Dimanche, puis de l’Humanité dès 1971. “Engagé” ! ont dit certains hier. Au fond, qui ne l’est pas ? C’est vrai, Claude ne supportait pas cette société où dominent “la marchandise et le néant”. C’est son honneur. ». Marqué par les horreurs du siècle et héritier du courage de la Résistance de son père, il nous exhortait souvent à faire du combat contre l’extrême droite et ses idées brunes et noires une priorité. Claude aura été un homme d’humanité et de l’Humanité, son journal, qu’il a porté, ­enrichi, ensemencé quasi quotidiennement durant quarante-quatre ans. Notre tristesse et notre chagrin sont à la mesure de cette grande perte. À Marylène, son épouse, à ses enfants, je présente mes plus sincères condoléances.

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Claude Cabanes écrivait bien et beau. Il portait l’élégance et le talent. Sa plume légère et fertile aura accouché de milliers d’articles et d’éditoriaux taillés comme du diamant et de beaux romans. De ce point de vue, il s’inscrit dans la lignée des plus grands journalistes qui ont fait ­l’Humanité et, au-delà, de la presse française.

Le journaliste Philippe Tesson rend hommage à son ami décédé

    56        Nous, journalistes, nous perdons avec Claude Cabanes l’un des derniers vestiges de ce qui fit longtemps notre gloire : le panache au service de la fidélité à l’engagement. Tout était élégance de nature chez lui : l’allure, le chic, le style, l’aisance, la délicatesse. Sa culture avait fait le reste. Il était un homme profondément civilisé, très attentif à le montrer, avec une exceptionnelle intelligence des comportements, des situations et des relations. La verve de son verbe était redoutable. Il était son propre acteur, il s’en amusait, il en abusait, on lui pardonnait, on applaudissait, comme au théâtre. Un héros romanesque, un personnage. Ces qualités-là, ce flamboiement, Claude Cabanes aurait pu les vouer à des ambitions personnelles flatteuses. Il fit très tôt un autre choix, peut-être aux dépens de ses intérets : le combat pour la justice. L’idéologie et le sentiment l’amenèrent vers un engagement auquel il ne dérogea jamais, pour des causes politiques et sociales généreuses. Il les défendit envers et contre tout, non sans embarras parfois, avec une fougue que seuls tempéraient son talent, son charme et son humour. Il incarnait avec superbe le mot de Chateaubriand : « démocrate par nature, aristocrate par mœurs ». On pleure l’homme avec beaucoup de chagrin et le bretteur avec un infini respect.

 

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