Déchéance nationale : ça ne passe pas !

Le Premier ministre, Manuel Valls a présenté, lors du conseil des ministres du 23 décembre 2015, un projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation. Ce projet de loi comprend deux articles relatifs, d’une part, à l’état d’urgence et, d’autre part, à la déchéance de nationalité de bi-nationaux nés français qui ont été condamnés pour des crimes très graves. Un projet qui creuse un peu plus le fossé au sein de la gauche, y compris dans les rangs du PS. Christian PAUL, député socialiste frondeur de la Nièvre,  s’en explique aujourd’hui-même dans les colonnes du journal Libération. Vous trouverez son interview ci-dessous. Pour ce socialiste, en défendant une mesure clivante et inefficace, le gouvernement se renie et oublie l’essentiel : la précarité et le chômage.

Selon Manuel Valls, «une partie de la gauche s’égare au nom de grandes valeurs en oubliant le contexte, notre état de guerre»…

Dire cela, c’est une faute politique majeure, que j’accueille avec consternation. Ceux qui oublient leurs valeurs perdront leur honneur. Pour ma part, je ne méconnais pas un seul instant la permanence de la menace terroriste. Mais parler ainsi, c’est perdre ses repères. Les valeurs, c’est ce qui doit guider l’action. Nos valeurs sont nos meilleures armes, celles qui soudent le pays dans un idéal et un élan démocratiques. Le 11 janvier, comme au lendemain du 13 novembre, le pays meurtri retrouvait le courage d’espérer, précisément grâce à ses valeurs. Par ailleurs, et de l’aveu général, la déchéance de nationalité n’aura aucune efficacité contre le terrorisme. Elle ne dissuadera personne. Mais, de manière irresponsable, elle divise le pays. Les Français binationaux vivent cette régression comme une humiliation. La nationalité est indivisible. Renoncer à ces principes pour des motifs inavouables, c’est tromper les Français.

5404137_decheance_545x460_autocrop

Cette idée indéfendable n’a rien de socialiste ! Elle entame le pacte républicain. Les socialistes doivent s’y opposer avec détermination. La gauche doit repousser cette idée

Beaucoup d’élus s’y opposent. Avez-vous prévu des actions ou la question sera-t-elle réglée au Parlement ?

Je vois la grande diversité des réactions atterrées, venues de toute la gauche et au-delà. Beaucoup de parlementaires, à gauche mais aussi à droite, ne voteront pas ce projet. Des textes circulent, des rendez-vous se préparent. La fin d’année 2015 ignore la trêve… Le débat aura lieu d’abord dans le pays, avant de se tenir au Parlement. Les Français comprennent déjà que les priorités sont ailleurs : la riposte opérationnelle contre le terrorisme, mais aussi et toujours la lutte contre le chômage. Nous mettrons en pleine lumière le caractère essentiel des idéaux d’une démocratie ouverte. C’est la seule façon de faire du prochain 11 janvier un moment qui échappe à l’imaginaire de guerre civile qui se répand en France.

La France est-elle dirigée par un gouvernement de gauche ?

La conversion libérale travaille ce gouvernement de l’intérieur. La réaction conservatrice l’influence de l’extérieur. Mais, jusqu’ici, Manuel Valls prétendait au moins au respect de valeurs communes, celles de la République et celles des socialistes. Désormais, sur ce sujet comme sur tous les autres, il prétend avoir le monopole de la réponse juste. Cette infaillibilité ne l’a pas empêché de vivre, pour la quatrième fois, un désaveu électoral. Pas plus qu’elle n’a conduit au redressement économique. Les Français qui ont porté Hollande au pouvoir ne demandent pas au gouvernement d’être toujours plus à gauche. Mais de tenir ferme sur ses engagements, sur les idéaux démocratiques, sur l’égalité et la justice. En désertant le combat contre le chômage, en éludant les questions sociales, le gouvernement se coupe de ses racines et se prive d’avenir.

792363-christian-paul-le-24-juin-2015-a-l-assemblee-nationale-a-paris.jpg modified_at=1451297412&width=960

Pour le député socialiste Christian PAUL, la nationalité est indivisible. Renoncer à ces principes pour des motifs inavouables, c’est tromper les Français.

Aujourd’hui, vous avez honte d’être socialiste ?

Mais cette idée indéfendable n’a rien de socialiste ! Elle entame le pacte républicain. Les socialistes doivent s’y opposer avec détermination. La gauche doit repousser cette idée, qui répond si mal aux désordres de notre époque. Ce n’est pas le moment de la honte, mais le temps d’une résistance résolue. Pour autant, j’éprouverais une grande tristesse si notre pays s’enfermait dans une «union nationale négative», pour «construire du consensus avec les formulations les plus archaïques de la xénophobie», selon les mots de Pierre Rosanvallon quand Nicolas Sarkozy exhumait la déchéance de nationalité il n’y a pas si longtemps. Oui, il faut l’abandonner sans attendre, car une fêlure irréversible se dessine déjà.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s