La Turquie ne doit pas sombrer dans la dictature fascisante d’Erdogan

Le président turc a entamé une purge à grande échelle de toute la fonction publique, y compris militaire, emprisonne et licencie les opposants, les militants de gauche et les syndicalistes par milliers.

Chasse aux sympathisants putschistes, purges dans l’administration, écrasement de toute opposition… Le régime du président turc sombre dans l’autoritarisme et la répression, à deux pas d’une dictature fascisante.

Onze députés arrêtés et emprisonnés, dont  Salahettin Demirtas et Fiden Yukesdag, coprésidents du HDP, il en faut malheureusement  plus que cela pour susciter  une  réaction en France, dans l’Union européenne et aux USA. Certes, on déplore, on regrette et on s’émeut mais personne ne condamne et surtout, tout le monde feint l’étonnement. Pourtant c’est d’un véritable « coup » anti-démocratique dont il s’agit.  Une nouvelle dictature s’installe en Turquie.

Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, coprésidents du HDP.  Avec une douzaine de députés de leur formation, ils ont été interpellés et emprisonnés le 4 novembre.

Depuis les élections législatives de juin 2015, où le président turc Rajep Eyip Erdogan comptait obtenir une majorité des deux tiers qui lui aurait permis d’instaurer le régime présidentiel autoritaire dont il rêvait, le HDP était devenu l’ennemi à abattre. Avec ses 13,4% des voix et ses 80 députés, dont des élus Arméniens, représentants des minorités ethniques de Turquie dont les Kurdes, le HDP avait infligé un échec personnel à Erdogan qui n’a plus de majorité absolue. Alors  l’AKP (le parti au pouvoir) et les milices d’extrême droite multiplient les attaques, incendies de sièges du HDP, agressions et meurtres de militants, pour susciter une réaction défensive du côté kurde et créer une ambiance d’insécurité dans le but d’effrayer les électeurs appelés de nouveau aux urnes. Pari à demi réussi, puisque l’AKP a réussi à récupérer une majorité simple au Parlement, mais sans parvenir à éliminer le HDP qui a perdu des voix mais passé la barre des 10% et obtient  59 députés.

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La répression s’accompagne de meurtres d’opposants civiles et militaires

C’est encore de trop pour Rajep Erdogan qui n’entend pas s’arrêter là. En mai 2016, il fait voter par le Parlement, qui lui est maintenant acquis, une loi levant l’immunité parlementaire des élus poursuivis en justice. Ce sont bien sûr les députés du HDP qui sont visés, mais la menace pèse aussi sur tous les opposants à son projet. Le coup d’État avorté de juillet 2016 va être une véritable aubaine pour Erdogan. Il entame alors une purge à grande échelle de toute la fonction publique, emprisonne et licencie les opposants mais bien sûr aussi les militants de gauche et les syndicalistes par milliers. Plus de 130 journalistes sont en prison, y compris des auteurs et intellectuels mondialement renommés. Des dizaines de milliers d’enseignants et universitaires ont été licenciés ou suspendus, dont un nombre important sont des Kurdes ou solidaires des Kurdes. Plus de 80000 fonctionnaires y compris militaires ont été suspendus ou licenciés. Plus de 80000 personnes ont été mises en détention depuis le 15 juillet, dont la moitié est encore en prison à l’heure actuelle. 28 municipalités sont mises sous tutelle directe de l’Etat. Actuellement, une trentaine de maires kurdes, démocratiquement élus, sont en prison, et 70 ont été démis de leurs fonctions par le gouvernement central.  Et 11 députés sont encore actuellement en prison dont la co-présidente du Parti démocratique des peuples (HDP la porte-parole du Congrès des femmes libres kurdes (KJA).

Surrendered Turkish soldiers who were involved in the coup are beaten by a civilian on Bosphorus bridge in Istanbul, Turkey, July 16, 2016.     REUTERS/Stringer EDITORIAL USE ONLY. NO RESALES. NO ARCHIVES. TPX IMAGES OF THE DAY - RTSIA8V

Avec le soutien de son parti le AKP (le Parti de la justice et du développement, islamo-conservateur) et de milices fascistes  le président turc instaure une féroce et sanglante répression y compris contre les militaires à l’image de celle du fasciste Pinochet au Chili en 1973. Et l’Europe reste silencieuse….

Dans la foulée, le gouvernement ordonne la fermeture d’une vingtaine de chaînes de TV et radio. Par simple décret gouvernemental, plus de 170 médias ont été fermés. Les médias alévis et kurdes ont été balayés. Le président turc promet le rétablissement de la peine de mort. La Turquie est aujourd’hui sous une chape de plomb ! Pour autant, ni l’Europe, ni  la « communauté internationale » ne bronchent. Toujours aucune réaction de la France qui se fait même plutôt complice de cette dictature. La solidarité avec les élus et militants du HDP et avec toute la gauche turque victime des purges et de la répression est donc urgente. Comme toujours c’est la voix des peuples qui doit se faire entendre plus et mieux. Et la France doit y jouer pleinement son rôle.

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