Palestine. L’art, pied de nez à l’occupation

decolonize_the_land_frenchL’Institut du monde Arabe expose un ensemble d’œuvres offertes par des artistes internationaux pour constituer la collection d’un musée d’art moderne et contemporain en Palestine. En attendant qu’il puisse voir le jour, elle va voyager dans le monde entier.« Pour un musée en Palestine », exposition orchestrée par Ernest Pignon-Ernest, préfigure la création d’un musée d’art moderne et contemporain à Jérusalem-Est.

 Et si Jack Lang avait raison… lorsqu’il parle d’Elias Sanbar, l’ambassadeur de Palestine à l’Unesco ? « Il croit à l’impossible et il a raison », dit l’ancien ministre de la Culture et actuel président de l’Institut du monde arabe (IMA). Jack Lang fait allusion au récent lancement d’une exposition, « Pour un musée en Palestine », qui préfigure, en réalité, une campagne beaucoup plus vaste. Comme l’explique Sanbar : « Nous espérons, mais c’est un combat, que le musée national sera dans la capitale de l’État de Palestine, c’est-à-dire à Jérusalem-Est. Il faut que nous donnions à ce peuple un accès à la beauté (…). J’ai connu des peintres à Gaza qui n’ont jamais vu une peinture de leur vie à part celles qui sont faites à Gaza ou à travers des reproductions dans des magazines et des livres. » Jack Lang encore : « Les images données par les médias tendent à ne faire paraître que les violences qui existent. Mais, au-delà, il y a des peuples, il y a des jeunes, il y a d’extraordinaires créateurs palestiniens. »

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Ernest-Pignon-Ernest est un ami des amis de la Palestine. Il est donc aussi l’ami de Bezons, où il a d’ailleurs exposé en juin 2013 lors de la 7ème éditions de la manifestation Rêv’Arts

La démarche est inspirée par le « musée de l’Exil » porté, dans les années 1980, par les Artistes contre l’apartheid et dont l’un des principaux responsables n’était autre qu’Ernest Pignon-Ernest. Le plasticien est à nouveau sur le pont de cette nouvelle aventure, fondée sur le principe d’une collection solidaire, constituée de dons artistes et qui ambitionne de rivaliser avec les grands musées internationaux.

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Le grand poète palestinien Mahmoud Darwich vu par Ernest Pignon-Ernest

La volonté d’Ernest Pignon-Ernest (l’un des premiers donateurs, lui qui a travaillé dans les rues de Ramallah ou d’Hébron sur le grand poète Mahmoud Darwich), en lien avec ses interlocuteurs palestiniens, est de couvrir les courants essentiels de la création contemporaine de ces cinquante dernières années. De l’abstraction avec Loste et Petit à la théorie du mouvement Supports/Surfaces avec Viallat, en passant par la figuration narrative avec Fromager et Télémaque ou la figuration libre avec Di Rosa et Boisrond. La liste est déjà longue – près d’une centaine d’œuvres, citons encore au hasard Henri Cueco, Franta, Serge Pey, Jo Vargas, Vladimir Velickovic ou Jan Voss –, à laquelle il faut ajouter les dons d’auteurs de bande dessinées, comme Edmond Baudoin, Tardi, Ferrandez ou Titouan Lamazou, et de photographies (Cartier-Bresson, Doisneau…). Dès le soir du vernissage, huit nouvelles œuvres enrichissaient la collection. « Nous n’aurions jamais eu les moyens d’acheter ces œuvres, souligne Elias Sanbar. Il y a un acte de générosité magnifique. »

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Une œuvre de Roberto Matta

La démarche, pour intéressante qu’elle soit, n’est pas tout à fait nouvelle. À la fin des années 1970, une « Collection de la solidarité » avait été exposée et entreposée à Beyrouth. On la pensait perdue à la suite d’un bombardement israélien en 1982. Si une bonne partie des œuvres a disparu, on sait aujourd’hui que certaines pièces ont échappé à la destruction et non des moindres : des toiles de Matta, Rebeyrolle, Miro, Vasarely notamment se trouveraient encore au Liban, voire, pour l’une d’entre elle, dans un grand hôtel en Jordanie, mais rien n’est confirmé. Un travail de recherche et de récupération a commencé. Au début des années 2000, la rencontre entre Mounir Anastas, compositeur palestinien et aujourd’hui ambassadeur alternant de Palestine à l’Unesco, et Gérard Voisin, sculpteur français qui offre une pièce, pose les fondations d’une nouvelle collection autour du thème « les Arts contre les armes », exposée à Nantes en 2007.

Photographie de l'Institut du monde arabe à Paris, en 20

L’exposition « Pour un musée en Palestine Préfiguration du Musée d’art moderne et contemporain en Palestine » se tient à l’Institut du monde Arabe jusqu’au 26 mars. Ouvert tous les jours sauf le lundi.

D’abord en dépôt à l’Unesco, les œuvres ont ensuite été transférées à Belfort. « À l’époque, je ne voulais pas faire d’annonce publique, révèle Mounir Anastas, car il fallait être capable de recevoir les dons et nous avions ce problème de stockage. » Par la suite, « Elias Sanbar a repris le projet en allant au-delà. En travaillant avec Ernest Pignon-Ernest, une autre direction a été prise tout en gardant, au début, la même discrétion ». De fait, ce n’est que le 16 octobre 2015 que le président de l’IMA et l’ambassadeur de Palestine auprès de l’Unesco signaient un partenariat pour œuvrer à la création d’un musée d’art moderne et contemporain en Palestine.

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Dessin de Henri Cueco

« Pourquoi surtout ne pas faire un pied de nez à toutes les occupations et affirmer à travers notre projet notre choix du beau et du vivant, montrer que le goût du beau est aussi résistance et que cette dernière est faite de l’amitié d’artistes venus d’autres terres ? » interroge encore Elias Sanbar. Un véritable pari sur la vie pour un musée qui sera, à n’en pas douter, un lieu de paix et de réconciliation. Objectif Jérusalem-Est donc, avec très prochainement le lancement d’un concours solidaire auprès des architectes pour dessiner les plans de ce musée à bâtir. En attendant, ces œuvres de la solidarité seront montrées au Palestinian Museum, à Bir Zeit près de Ramallah, en Cisjordanie. Première halte avant des expositions itinérantes en Europe et dans le monde. « L’art ne peut être qu’un territoire de paix », souffle encore Sanbar.

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