Jack Ralite, l’ami des poètes, des artistes et des prolos s’est éteint

Jack Ralite, ancien ministre communiste et maire d’Aubervilliers qu’il a dirigée de 1984 à 2003 est décédé à l’âge de 89 ans. Chacun connaît l’homme de culture, mais ce n’était pas seulement celle d’un érudit des plus grands auteurs, des plus hautes créations de l’esprit, c’était aussi le grand frère des artistes et des femmes et des hommes de la pensée militante en même temps que rationnelle et romanesque.

Député de Seine-Saint-Denis de 1973 à 1981, Jack Ralite avait démissionné de son mandat parlementaire en juillet 1981 pour entrer dans les gouvernements Mauroy comme ministre de la Santé (1981-1983) puis comme ministre délégué chargé de l’Emploi (1983-1984). Depuis 1995 et jusqu’en 2011, Jack Ralite, conseiller régional d’Ile-de-France de 1986 à 1992, avait été sénateur de Seine-Saint-Denis.

La disparition de Jack Ralite est un choc. Nous perdons un communiste et un homme politique d’envergure, un des meilleurs défenseurs de la culture, un homme qui a exercé les plus hautes responsabilités au niveau de l’État, de son parti, le PCF, de sa ville, Aubervilliers. Jack Ralite, a été un des dirigeants communistes les plus respectés : bien sûr dans notre Parti, auquel il est resté fidèle toute sa vie, dans toute la Gauche et chez les écologistes mais aussi à droite. Dans tous les lieux où il a exercé sa présence, il a fait partager ses idées. Ce fut le cas au gouvernement Mauroy, à l’Assemblée nationale, à la Région Île de France, au Sénat – ou à Aubervilliers dont il fut le maire, et aussi chez les créateurs, qu’ils soient écrivains, acteurs, metteurs en scène, cinéastes, philosophes, sociologues, ou médecins, chercheurs…

En 1981, Jack RALITE entre au gouvernement comme ministre de la Santé aux côté de trois autres ministres communistes, Charles Fiterman, Anicet Le Pors et Marcel Rigout.

Jack était un homme libre, un homme sans frontières, qui ne se laissait dicter sa pensée par personne. Il était considéré comme l’ami des gens de culture et considéré par eux comme l’un des leurs. Avec « les états généraux de la culture » qu’il a fondés, il a combattu pour l’exception culturelle, les droits d’auteurs…Passionné des mots, travailleur infatigable, Jack Ralite lit et relit des passages entiers de Saint-John Perse, de Bernard Noël, de Julien Gracq, de René Char, de Mahmoud Darwich, de Neruda et d’Aragon. C’est dans ces moments-là que se passe l’indispensable rencontre entre le politique et le poétique. De cette rencontre avec des œuvres, des auteurs, naissait sa pensée, pleine de fulgurances, ouvrant des chemins encore en jachère alimentant sans cesse notre propre réflexion sur l’art et la politique, la liberté du créateur, le théâtre, la beauté des choses.

Il a été de tous les combats pour la liberté de création en France comme dans le monde. Orateur hors pairs, il mettait par sa verve, ses arguments et par toujours quelques citations bien choisies, le public et ses adversaires politiques dans la poche. Il les subjuguait. Parce qu’il mettait sa culture, la culture au service des gens, de sa propre pensée. Dans un de ses derniers textes paru le 1er mars 2017 dans le journal l’Humanité, il écrivait :« les œuvres sont intransigeantes et ce qui peut aussi améliorer leur appropriation par le plus grand nombre, c’est d’abord le recul des inégalités sociales et territoriales qui ont tendance à exploser en ces temps où la précarité, le chômage de masse, les bas salaires, le culte de la violence, l’idéologie ­asservissante du divertissement rendent difficile et quelquefois impossible une nouvelle rencontre entre le peuple et la culture. » Cela « résume » l’action de Jack Ralite.

Il aimait sa ville, Aubervilliers. Et les habitants le lui rendaient bien. Il voulait le meilleur pour les habitants. Il a été un des artisans de la décentralisation culturelle. Il est à l’initiative de la création à Aubervilliers du premier centre dramatique national de la décentralisation ouvert, le théâtre de la Commune. Les habitants, il les considérait comme des « experts du quotidien ». Son combat contre les injustices, contre les inégalités nous les faisons nôtres. Avec lui, nous communistes, nous faisons nôtre cette conviction que le système capitaliste a fait son temps, et qu’il y a besoin d’inventer, de créer un nouveau monde qui respecte chaque être vivant. Jack Ralite était un passeur, un passeur d’idées, un passeur d’actions, un passeur de mots. Nous prenons avec fierté le passage de témoin qu’il nous a transmis.

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