Les porcs et leurs alliées

Franchement, quelle tristesse  de voir des femmes contre des femmes. Quelle tristesse de voir qu’on peut encore penser en 2018 que le machisme est normal voire même nécessaire !  Le soutien apporté par Nadine Morano et Christine Boutin à la tribune « Défendre la liberté d’importuner » publiée dans Le Monde, n’a rien d’étonnant. Elles étaient, avec d’autres signataires, voilà quelques temps dans les manifs contre le mariage pour tous. Reste que cette tribune publiée mardi, qui mélange les débats et « défend une liberté d’importuner », annonce la couleur d’une contre-offensive réactionnaire. Tout est aussi dans le verbe choisi. Importuner lorsque l’on parle de viols, de coups, harcèlement, de sexisme. Le verbe n’est pas faible il est scandaleux.

« Je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée parce que je pourrais témoigner que du viol, on s’en sort ». Ca c’est Catherine Millet , signataire de la tribune, qui le dit !  Ça laisse pantois ! Il est vrai qu’elle est l’auteure de  La Vie sexuelle de Catherine M, livre dans lequel elle révèle par le menu sa vie sexuelle intense, multiple, collective et fantasmée.  A ses côtés, dans cette tribune, Catherine Deneuve et Brigitte Lahaye, star du cinéma pornographique français des années 1970 à 1980. Cette  tribune publiée donc  mardi dans le Monde, signée par cent femmes qui « défendent la liberté d’importuner », est dégustée par les réactionnaires avec la gourmandise un peu obscène de ceux qui n’ont pas eu la bravoure de l’assumer publiquement. Cette tribune confond le désir, le plaisir avec la violence. « Il y a toujours eu des femmes antiféministes, parfois très nombreuses et beaucoup plus puissantes que les femmes féministes. Il faut donc leur accorder beaucoup d’attention car elles aussi font l’histoire, rappelle l’historienne Christine Bard, auteure des premiers travaux universitaires sur l’antiféminisme. Tout en défendant les intérêts des dominants, elles pensent aussi défendre leurs intérêts : lesquels ? C’est aussi leur inconscient qui parle, et leur imaginaire qui s’exprime : le féminisme comme marâtre toute-puissante empêcheuse de jouir ! ».

Car c’est l’argument avancé par ce texte caricatural et poussif. « Cette fièvre à envoyer les “porcs à l’abattoir”, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle », écrivent-elles, dénonçant un puritanisme inhérent au féminisme. « C’est surtout la liberté sexuelle des hommes qui est défendue », relève Christine Brard. « Faire passer les féministes pour des coincées, voire des mal baisées : l’originalité des signataires de la tribune est… déconcertante », se désole de son côté Caroline De Haas. Cosignataire du texte publié hier sur le site de Franceinfo, la militante féministe Lucie Groussin s’inquiète de « la vision de la sexualité véhiculée par cette tribune. Sur le refrain de « la misère sexuelle des hommes », ce texte « confond la séduction, donc le respect, le désir et le plaisir, avec la violence, regrette-t-elle. D’un côté, on considère l’autre comme son égale, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres désirs ou de son consentement ». Pour elle, cette offensive reflète aussi une vision de classe, loin des réalités quotidiennes de la majorité des femmes. « Les signataires de ce texte sont les mêmes qui n’hésitent pas à dénoncer le sexisme quand il émane des hommes des quartiers populaires, souligne Lucie Groussin. Mais la main au cul, quand elle est exercée par des hommes de leur milieu, relève selon elles du “droit d’importuner”. »

Quand l’ancienne ministre socialiste Laurence Rossignol qualifie cette tribune de « gifle à l’encontre de toutes les femmes qui dénoncent la prédation sexuelle », Nadine Morano et Christine Boutin applaudissent des deux mains en apportant leur soutien public à la tribune. « On y retrouve tous les arguments du vieux discours antiféministe accusant un féminisme (imaginaire) de divers maux, rappelle Christine Bard, haine des hommes, haine de la sexualité, victimisation des femmes, atteinte à la liberté d’expression et de comportement, perspective totalitaire – des arguments que l’on trouve chez Zemmour et d’autres hommes publics . En réalité cette tribune est une manière de défendre les  pédocriminels et de faire l’apologie du viol. Les signataires utilisent leur visibilité médiatique pour banaliser les violences sexuelles et méprisent de fait les millions de femmes qui subissent ou ont subi ces violences ». Les porcs se sont trouvés des alliées !

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