PUISQUE VOUS ALLEZ MANQUER LE DÉBAT DE CE SOIR SUR FRANCE 2…

Ce soir, deux débats importants. Le premier, où je vous donne rendez-vous ce soir, à 20h, à l’espace Aragon, consacré au rendu des 5 débats et aux 3 ateliers « Imaginons Bezons », auxquels vous avez sûrement participé. Autre débat, celui qu’ouvre France 2 sur les élections européennes en vue du scrutin du 26 mai prochain. Cela n’est un secret pour personne, je voterai et j’appelle à voter pour la liste communiste conduite par Ian BROSSAT. A moins de deux mois du scrutin, la tête de liste communiste sera sur le plateau de France 2 qui il y a encore quelques semaines refusait de l’inviter en réduisant ainsi le débat par le duo Macron-Le Pen. Comme vous serez très nombreux ce soir à être présents à l’espace Aragon, j’ai pensé utile de publier sur mon blog une interview de Ian BROSSAT, portant sur ces élections européennes et leurs véritables enjeux. Vous pourrez encore le lire en rentrant de la soirée de clôture  de « Imaginons Bezons »

Âgé de 39 ans, Ian Brossat est conseiller de Paris depuis 2008, maire-adjoint auprès d’Anne Hidalgo chargé du logement, de l’habitat durable et de l’hébergement d’urgence depuis 2014 et porte-parole du PCF depuis 2018.

Le chef de l’État tente d’enfermer le débat dans un duel avec Marine Le Pen. Comment en sortir

Ian Brossat : Toute sa stratégie est là. Lui ou Le Pen. Les libéraux ou les fachos. Les libéraux ou le chaos. Comme si les libéraux n’étaient pour rien dans le chaos actuel. Comme si l’Europe libérale et ses 86 millions de pauvres n’étaient pas à l’origine de la poussée nationaliste qui menace notre continent. Le rêve de Macron, c’est un « mano a mano » avec l’extrême droite. Ce scénario est périlleux. Car il revient à jeter dans les bras de l’extrême droite tous ceux qui refusent les politiques libérales. Il faut donc déjouer ce piège en menant une opération vérité sur ce qu’est réellement l’extrême droite. Elle n’est pas favorable à la hausse du Smic et des salaires. Pas davantage au rétablissement de l’ISF. Mme Le Pen a dit d’ailleurs qu’elle souhaitait exclure du calcul de l’ISF la résidence principale. Sans doute parce que la châtelaine de Montretout se sent elle-même concernée. Au Parlement européen, les députés du Rassemblement national n’ont rien fait pour défendre les droits sociaux. Ils ont voté la directive sur le secret des affaires, qui protège les grosses multinationales contre les investigations des journalistes sur l’évasion fiscale. Quant à ses alliés en Europe, que font-ils ? En Autriche, ils ont mis en place la semaine de 60 heures de travail ! Voilà qui sont les vrais amis de Mme Le Pen. Dès lors, il ne sortirait rien de bon d’une élection qui se limiterait à un tel affrontement. Les Français comme les Européens méritent mieux que ça !

Le président de la République est déjà en campagne. Sa « lettre aux Européens » a été fraîchement accueillie dans l’UE. Comment jugez-vous son bilan sur les enjeux européens ?

Ian Brossat : Emmanuel Macron vante désormais une « Europe qui protège », sans qu’on sache très bien s’il parle de l’Europe telle qu’elle est ou de l’Europe telle qu’il la souhaite. Une chose est sûre en tout cas : sur l’Europe, il a beaucoup parlé et très peu fait. Il a multiplié les grands discours. Cinq en tout. La grandiloquence des paroles contraste singulièrement avec la petitesse des actions concrètes. Son bilan a l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. Le fameux « budget de la zone euro » tant vanté au mois de juin va se résumer à quelques dizaines de milliards d’euros, soit une somme dérisoire à une telle échelle. Quant à sa « lettre aux citoyens d’Europe », elle est tellement truffée de contradictions qu’elle en devient risible. Comment prétend-il « protéger » en Europe après avoir tellement précarisé en France ? Comment ose-t-il proposer une « préférence européenne » dans les marchés publics tout en signant à tire-larigot des traités de libre-échange qui déversent chez nous des produits low cost venus de l’autre bout du monde, exposant nos travailleurs à une concurrence sauvage et déloyale ? Comment peut-il vanter une « Europe indépendante » tout en réaffirmant dans le même texte la soumission de la France à l’Otan, c’est-à-dire aux États-Unis de Trump ? Quelle farce ! Ce n’est pas une lettre, c’est une blague Carambar.

Brexit, poussée des nationalismes… En quoi ce scrutin, qui enregistre des records d’abstention, est-il pourtant décisif ?

Ian Brossat : Parce que le contexte est inédit. Inédit en France, avec une montée de la colère partout. Inédit en Europe, car c’est l’existence même de l’Union européenne qui est en jeu. À force de se servir de l’Europe pour imposer partout des politiques de régression sociale, les libéraux ont fini par dégoûter les Européens de l’Europe. Si l’Europe, c’est la loi du fric et son cortège de malheurs – les délocalisations, le travail détaché, les services publics qu’on privatise pour les livrer aux marchands –, qui peut encore vouloir de l’Europe ? Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que les nationalismes progressent. Tout l’enjeu est de faire la démonstration que l’Europe pourrait être autre chose que cette machine à nous pourrir la vie. D’autant que, sur beaucoup de sujets, nous aurions besoin de batailler à une échelle plus grande que la seule échelle nationale. Face aux multinationales qui pratiquent l’évasion fiscale, nous aurions besoin d’Europe. Face au défi climatique, nous aurions besoin d’Europe. Face à la crise de l’accueil des réfugiés, nous aurions besoin d’Europe. Mais d’une Europe des gens, pas d’une Europe de l’argent.

La « marche du siècle » a rassemblé 350 000 personnes, avec une jeune génération qui refuse l’opposition entre « fin du monde » et « fin du mois ». Comment cet enjeu environnemental structurant se concrétise-t-il dans votre projet européen ?

Ian Brossat  La lutte contre le changement climatique passe, au même titre que le combat pour la justice sociale, par une rupture avec la loi de l’argent. Ces deux défis doivent être relevés conjointement. Notre mot d’ordre est donc simple : changeons l’Europe, pas le climat. Et pour cela, deux propositions clés. La première, un service public européen dédié à la rénovation énergétique des bâtiments. La mauvaise isolation des bâtiments, c’est 40 % de nos dépenses énergétiques en Europe. Nous voulons un vaste programme de grands travaux pour y remédier. Notre deuxième proposition phare : un investissement massif dans le ferroviaire public. De quoi bâtir une écologie sociale, loin de l’écologie punitive promue par le gouvernement.

Sur ce sujet notamment, le mouvement des gilets jaunes a permis de replacer les enjeux de justice sociale au cœur du débat public. Votre parti défend depuis de nombreuses années un grand nombre de leurs revendications. Pour autant, le chemin des ronds-points aux bulletins semble encore long…

Ian Brossat : C’est vrai. Mais je dis une chose à ceux qui doutent ou s’interrogent sur leur vote. Les communistes ont peut-être des défauts, mais eux au moins n’ont pas découvert les injustices sociales au détour d’un rond-point. Nous sommes des combattants de la justice sociale, partout où nous sommes. Nous n’avons pas improvisé sur ce sujet parce qu’il était dans l’air du temps.

Et quelle est concrètement la singularité du projet porté par votre liste ?

Ian Brossat : Notre originalité est double. D’abord, nous portons au quotidien ce combat opiniâtre contre l’Europe libérale. Nos députés européens n’ont jamais été pris en défaut sur ce point. Nous avons croisé le fer à chaque fois que nécessaire, sur le quatrième paquet ferroviaire (seules 24 voix nous ont manqué pour y faire échec) comme plus récemment encore sur le « paquet mobilité », une directive qui porte sur les conditions de travail des chauffeurs routiers. Ensuite, notre originalité, c’est notre liste. Il y a une cohérence entre notre liste et notre programme. L’Europe des gens, c’est celle que vous retrouvez sur notre liste avec plus de 50 % d’ouvriers et d’employés, comme dans la société française. Nous serons les seuls à faire ce choix.

La sortie des traités budgétaires est au cœur des désaccords à gauche. Comment le PCF s’y prendrait-il pour rompre avec ces traités d’austérité sans quitter l’UE ?

Ian Brossat : Ces traités sont mauvais. Ils nous plombent, en France comme en Europe. Ils sacrifient tout sur l’autel de deux dogmes intouchables : l’austérité, avec cette règle absurde des 3 % de déficit public qu’il serait interdit de dépasser, et la « concurrence libre et non faussée ». Tous les gouvernements qui se sont soumis à ces règles ont failli. Il faut donc s’en affranchir. C’est d’ailleurs la voie empruntée par le Portugal. Ils ont rompu avec l’austérité. L’Union européenne leur a tapé sur les doigts. Ils ont poursuivi leur politique malgré tout. Ils n’ont pas quitté l’UE pour autant. Et ça marche. Voilà la voie à suivre.

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