MACRON A LA TV, C’EST TOUJOURS LA MÊME CHANSON

Lors de sa quatrième allocution télévisée depuis le début de la crise, le président de la République a annoncé l’accélération du déconfinement et appelé à travailler plus. En quatre allocutions télévisées, l’hôte de l’Élysée n’a eu de cesse de promettre le changement, sans déclinaison concrète. La dernière de ce dimanche 14 juin n’a pas dérogé à cette règle du vide. En revanche, les actes de l’exécutif démontrent que les dernières années du quinquennat risquent de se dérouler selon les vieilles rengaines appliquées depuis 2017.

1 Nouvelle menace sur les retraites

L’estimation est tombée ce vendredi. Selon le Conseil d’orientation des retraites (COR), la crise économique pourrait faire grimper le déficit des retraites à 30 milliards d’euros cette année, contre 4,2 milliards envisagés initialement. Cette dégradation sans surprise résulte d’une perte de recettes (chute des cotisations sociales en raison de la flambée du chômage et du recours à l’activité partielle). Le déficit servira-t-il de prétexte, une fois encore, à un tour de vis sur les retraites ? C’est ce que craint l’économiste Michaël Zemmour : « La question d’un ajustement du régime ne doit surtout pas être posée maintenant. Une logique de désendettement accélérée, à l’image des politiques d’austérité menées en 2010, risquerait de poser un problème à la fois social et économique : retirer du pouvoir d’achat aux futurs retraités ne ferait qu’ajouter de la crise à la crise. » Pourtant, certains macronistes plaident pour une réforme paramétrique, via l’allongement de la durée de cotisation (et donc, in fine, un recul du départ pour une retraite à taux plein).

2 Les services publics, cibles du pouvoir

Mais où était Olivier Dussopt durant le confinement ? Sans doute totalement déconnecté. La première chose que fit le secrétaire d’État à la Fonction publique, une fois le déconfinement amorcé, fut de convoquer les organisations syndicales pour reprendre l’agenda social consacré à la fusion des instances représentatives et à la destruction des comités hygiène, santé et conditions de travail (CHSCT). Oublié le fait que les agents hospitaliers, des collectivités territoriales et des services publics de l’énergie ou des transports ont été en première ligne face au virus à assurer les services essentiels. Pour le grand ordonnateur de la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019, il est urgent de reprendre le travail visant à instiguer de la « mobilité » en instaurant les ruptures conventionnelles (décret pris début février), et à saper le statut d’agent public en généralisant le recrutement de contractuels, y compris dans la haute fonction publique. Bref : appliquer aux services publics les ordonnances Macron de 2017 de destruction du Code du travail. « Persister peu ou prou dans les dérives qui ont conduit à cet affaiblissement de nos services publics constituerait une faute particulièrement accablante. C’est pourtant la voie que vous semblez privilégier », dénonçait ces derniers jours la CGT.

3 La règle des exceptions au droit du travail

Flexibiliser le droit du travail en faveur des employeurs pour faire face à l’épidémie… Malgré le lien de cause à effet ténu entre l’urgence sanitaire et la casse des protections légales des travailleurs, ce fut pourtant le parti pris par le gouvernement dans les premiers décrets publiés mi-mars à l’heure du confinement. Cette incongruité est poussée à l’extrême, puisque ce choix est appelé à durer. Déroger au temps de travail légal des salariés de jour comme de nuit et puiser dans les jours de congés payés et de réduction du temps de travail demeurent légaux jusqu’au 31 décembre 2020, quand bien même le virus disparaîtrait. Tout un tas de mesures passées par décret en avril ont eu pour conséquence d’affaiblir le rôle des instances représentatives du personnel déjà bien amoindries par les ordonnances Macron de 2017. Les services de Muriel Pénicaud se sont montrés à tel point sourcilleux sur le fait que rien ne vienne entraver l’activité économique que le directeur général du travail a enjoint fin mars aux agents de contrôle de limiter drastiquement leurs interventions sur site. L’un de ces inspecteurs, qui avait engagé une procédure en référé à l’encontre d’une structure d’aide à domicile protégeant insuffisamment ses salariés, a été suspendu de ses fonctions.

4 – Silence et mépris sur les violences policières

L’intervention du président, silencieux depuis le 2 juin, date à laquelle s’étaient réunis devant le tribunal de Paris des milliers de manifestants à l’appel du comité Adama, était très attendue sur la question du racisme et des violences policières. Au lendemain d’une nouvelle et importante manifestation Emmanuel Macron en a d’abord appelé à l’« unité autour du patriotisme républicain ». « Nous sommes une nation où chacun, quelles que soient ses origines, sa religion, doit trouver sa place. Est-ce vrai partout et pour tout le monde ? Non », a-t-il lucidement constaté. Le concept favori des libéraux pour cacher la forêt des inégalités. Le chef de l’État a promis « de nouvelles décisions fortes » en la matière après que la porte-parole du gouvernement a plaidé, samedi, la réouverture du « débat autour des statistiques ethniques ». Si l’hôte de l’Élysée a enjoint à être « intraitable face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations », il n’a pas eu un mot sur les violences policières dénoncées par des milliers et des milliers de jeunes. Il a préféré envoyé des gages aux policiers et gendarmes mobilisés depuis jeudi dernier contre les mesures annoncées par Christophe Castaner la semaine dernière, notamment la suppression de la clé d’étranglement. « Ils sont exposés à des risques quotidiens en notre nom, c’est pourquoi ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la nation », a-t-il déclaré avant de fermer le ban. En revanche, Emmanuel Macron s’est fait le pourfendeur des « séparatistes », quitte à stigmatiser l’ensemble du mouvement mondial qui s’est mis en branle depuis la mort de George Floyd et a prévenu que « la République n’effacera aucune trace, ni aucun nom de son histoire ». Même ceux mêlés au colonialisme et à l’esclavagisme ?

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